vendredi 3 janvier 2014

#160



Combien de nuits vais-je ainsi m'épuiser à tourner en rond dans ma cellule, la pensée encore pleine de terre, à chercher un sens à cette histoire, au sang noir de ce lien impossible qui me lie à monsieur M..

C'est comme si cette histoire avait toujours été là et qu'elle n'avait en même temps jamais eu lieu. Elle semble échapper à la fois à toute mémoire et à tout dessein. Si bien qu'à mesure de l'écrire, je n'en retiens absolument rien. Il m'est tout aussi impossible de la situer dans le temps. Peut-être est-elle l'unique trace d'un instant qui à chaque ligne écrite ne cesse de me fuir un peu plus ?

C'est aussi une histoire qui n'en finit pas de finir, si apeuré à l'idée de n'avoir sous la main plus aucune voix avec laquelle converser, couvrir ce bruit du fond de l'homme qui résonne et m'effraie au moment même où je me tais regardant chacun de mes reflets sur les murs de ma cellule comme autant de masques friables qu'il suffit de gratter un peu pour découvrir d'autres visages, visages à chaque regard plus étrangers, d'un âge toujours différent, tous prisonniers de la fiction de leurs traits sous leurs airs plus faux que nature, mensonge assumé des multiples figures d'un seul et même personnage ayant préféré à tout prix laisser sa tragédie à la fiction.





2 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Cellulaires portraits...

ArthurV a dit…

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