lundi 29 mai 2017

#522


tu écris à la chaîne dans la machine homme. Tu fais la traversée du silence, au comptoir du salon de thé, devant une tasse de Floating cloud. Le livre de la ville continue son trajet derrière la vitre. À la fenêtre ouverte du bus 44, le chauffeur en chemise bleue attend que le feu passe au vert, les mains sur le volant. Son regard fatigué disparaît du plan, laisse place aux murs tagués, longés par une femme sous ombrelle. Elle est belle. Douce et forte comme une mère. Les arbres couvrent d’ombre le trottoir et la route. Quelques filets de soleil transpercent le feuillage. Des tâches de lumière tatouent le pavé, le béton, la chevelure des passants, les capots, les casques. En fond le bruit des moteurs ronronnent. La matinée disparaît dans une averse blanche. Puis tombe la chaleur sur la moto, celle qui tape dans le dos, la chemise en coton léger pèse sur la peau comme du velours. Tu attends un ascenseur sur les deux qui fonctionnent encore. Tu ouvres vite la porte. Avales paisiblement deux bols de soupe, le tofu tiède trempé dans du citron et sel pimenté, en compagnie de Me Hoa. Tu entends des pleurs. Tu embrasses quelques joues. Jouer avec Isabelle. Se douche en vitesse et repartir,  Uber car, par peur de la pluie qui tombe au compte goutte sur le pare-brise. Arrivée à Nguyen Hue. Il pleuviote. 13 000 dongs de Paracetamol. Un mal pointe le bout de son nez dans la gorge. Attente interminable devant l’ATM. Avant de revenir un peu sur tes pas avec deux millions dans la poche. Tu dérives sur la gauche. Sous la pluie qui doucement s’arrête. Tu regardes sur les bancs les ados multiplier les selfies.. Trois casques jaunes réparent la fontaine au sol. Tu accélères le pas. Tout droit puis à droite. L’escalier mène à un miroir, une perspective qui se dédouble et ouvre ainsi tant de chemins possibles. Puis le reflet. Le visage dans lequel tu es prisonnier. Tu écris ça après coup. Le soir. Tournant le dos à la fenêtre. Tu imagines la ville, ses lumières dans la nuit. Juste derrière toi. De la porte du balcon ouvert, pénètre par l'oreille droite, la plainte aboyée d'un chien au loin, puis d'autres, plus proches, probablement de taille plus petite, eux aboient avec une voix de chat qui miaule. Mais ce concert canin est couvert par autre chose, tu n'as jamais su d'où ça venait. Est-ce le bois des bateaux qui grincent aussi fort ? Est-ce un musicien pêcheur qui de sa barque souffle dans un digeridoo ? Ou bien le cri d'une bête inconnue ? Et puis ça cesse. Reste le choc d'un camion container qui cogne sur la route mal fichue. Des bribes de bruits des chantiers qui ne dorment jamais vraiment. Quoi encore ? De rares coups de Klaxons. Des grillons qui scintillent, des bouts de voix ci et là, et la nuit des rues, vertigineuse. Tu écris ça debout, l'iPad sur le marbre du bar, tapes de mémoire, rassembles les restes d'heures saisies dans la dérive. Tu notes à toute allure. Les mots courent après l’oubli des choses qui meurent sous tes yeux. Les cernes ne te quittent plus. L'éclat de l'écran t'éblouit. Si tu écris moins ces temps-ci, c'est par faiblesse physique. L'écriture est toujours là. Mais ton attention baisse comme la vue. Impossible de lire. Tu deviens un flux de temps et d'usure. L'ombre d'une voix sur la mesure.




1 commentaire:

Dominique Hasselmann a dit…

Oui, la fatigue oculaire à cause de l'écran (ou de la mémoire)...
Beau texte en spirale.