#664
16 février Vertige de la fièvre, je cherche à lire, mon regard s’éparpille sur la page comme tentant de regarder mille éclats de miroirs dispersés en même temps, chaque mot le bout d’une phrase dont j’ignore le début et le bout. Si j’écrivais là, maintenant. Écrirais-je aussi, par fragments, par phrases amputées, où demeure pourtant une volonté de dire ? Juste des miettes ci et là, dont le lecteur devrait trouver la logique, ou bien juste regarder ces mots épars comme des traces d’un livre troué ? Un sentiment de grande solitude me reprend en ce début d’année. Savoir que j’écris seul, sans savoir pour qui. Une adresse demeure, mais de l’ordre de la foi. Peut-être suffit-il de croire qu’il y a, quelque part autour, une oreille attentive, une amie que je finis par deviner dans le vide. Une présence discrète. Peut-être celle de la ville elle-même, qui feint de m’ignorer mais m’observe du coin de l’œil chaque fois que je me penche sur l’écran pour écrire. Comme lorsque nous fixons qu...