#662
21 janvier Je regarde les visages. Quelque chose, aujourd’hui, s’y défait. Un visage ne m’apparaît plus comme une forme stable. Un tremblement du temps lui-même. Chez une femme d’une soixantaine d’années, le visage ancien affleure, se superpose à celui d’aujourd’hui. Chez les plus jeunes, c’est l’avenir qui insiste, déjà lisible à même la peau. Le temps vacille sur eux. En les regardant, je regarde mon propre visage. Il demeure, presque intact. J’ai quarante-trois ans. La photo d’identité d’il y a quinze ans pourrait encore faire office de preuve. Cette fixité me trouble. Je n’y reconnais rien de moi. Mon visage semble retenu dans un instant qui ne consent pas à passer, alors que tout autour se laisse user. Le temps travaille à l’intérieur. Un jour, sans prévenir, le visage cédera. D’un coup, comme la nuit tombe sur Saigon, sans crépuscule. Vieillir ne sera pas une dérive. Une rupture. Une fêlure sur le visage d’un nourrisson. Je suis seul au café Time. Le père est parti. Cela fai...