#674
11 juillet Les cris des enfants à la piscine, le vent dans les feuillages, le t-shirt qui bat comme un drapeau dans la tempête, tout s’est concerté en douce, les éléments se sont passé le mot, et chacun à son tour me prend par le bras et m’amène de force vers ce muret en terrazzo, mon lieu d’écriture, que j’ai déserté depuis l’accident comme on déserte une pièce dont on ne sait plus quoi faire, et qui est resté ouvert quand même, qui a continué de m’attendre sans rien dire, sans se plaindre, sans fermer la porte. Depuis l’AVC je n’écris plus dans le journal. J’écris autrement, d’une façon que je ne comprends pas encore, et en ce moment même j’écris juste derrière le banc où j’ai trouvé mon père allongé il y a un mois. Des jeunes Coréens y sont assis, ils parlent fort, le vent les décoiffe, ils rient d’un rire bête qui m’irrite, comme si leur légèreté aussi m’adressait quelque chose, comme si même eux, sans le savoir, me renvoyaient au silence de mon père allongé quelque part dans...