#417


où l'étrange étranger s'est-il déjà senti chez lui ? 

chez lui durant les trajets embouteillés dans le regret de ne pouvoir s'arrêter et prendre la photo d'un visage d'une posture d'un geste d'une lumière furtivement croisés et à jamais ratés chez lui sur la route d'une visite familiale ou amicale lointaine si possible prétexte pour voyager des heures des jours durant vers l'illusion d'aller nulle part chez lui quand il suit du regard la ligne blanche continue du bas côté les fils électriques qui semblent rebondir à chaque pylône croisé chez lui quand il jette un oeil sur les champs de maïs morts ou baisse la tête sur les nuages survolés chez lui sur le banc d'une aire de repos d'un aéroport dans le vide du regard à la fenêtre du taxi ou du bus quand perdu dans le vide de son regard il n'entend même plus ce que joue l'ipod dans les oreilles chez lui dans l'avion qui passe au dessus de sa tête dans les coins d'ombres des cafés sur les pages encore vierges de toute écriture chez lui sur les ponts traversés où de jour personne ne marche où l'on ne fait que passer dix secondes par jour au dessus de l'architecture délirante de la ville devenue un reflet dans l'eau chez lui sur d'improbables ports au bout d'une allée où déboussolé assis au bord de l'eau il s'assoupit à regarder la nuit tomber sur les bateaux rêvant d'embarquer sur l'un d'entre eux avant de disparaitre au loin avec le bruit de l'orage ne répondant même plus à l'appel de son nom d'un pronom chez lui dans le partage des mots des images et des couleurs voilà chez lui c'est ici là et nulle part ailleurs partout dans la foule des mots partout nulle part chez lui







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