#663
5 février Je marche dans la ville comme on traverse une pensée qui ne m’appartient pas. Les paroles passent de bouche en bouche, je les vole sans les garder. Elles ne sont jamais faites pour être conservées. On rit de quelqu’un. Il rit aussi. Il faut bien. Plus tard, quand les corps se sont dispersés, quelque chose s’éteint sur son visage. Ce reste n’a pas de langage. Une foule de visages peuple le regard. Une densité d’yeux, de bouches, de nez, sans contours fixes. Le matin, ils sont déjà là : visages croisés dans les rêves, aussitôt dissous dans l’oubli. Connus, étrangers, la distinction ne tient pas. Ils ne laissent derrière eux qu’une traînée confuse. La mémoire échoue à les retenir, les visages glissent, impossible d’en saisir un, impossible de le fixer. Tous se déforment comme des reflets dans une flaque agitée par le vent : la joue s’effondre, le nez se déplace, l’œil s’étale. Ce n’est plus une face humaine, seulement des éclats. Alors je cherche. Je fouille dans l’épars. De qui...