samedi 27 février 2016

#403


Nécessité qui s'impose depuis quelques temps: enfoncer la porte condamnée du journal. Reprendre son écriture tout en restant sur ses gardes. Méfiance à l'égard de tous pronoms. La peur d'être à nouveau trahi. De trahir aussi. Bien se garder de se prendre pour soi ou quelqu'un d'autre. S'en tenir au fragment, à la note, disparaître derrière elle, devenir regard, écoute, toucher, goût, odeur, geste, souffle, salive, chair, ovule, sperme, sang, partout, dans la rue, au bureau, sous les ponts, sur un banc, contre un arbre, un mur, derrière des barreaux, au bord de l'eau, du vide à la fenêtre, à l'horizon, quand le temps s'arrête l'espace d'un instant, un court instant d'où l'anonymat d'une voix sans nom, surgit, résonne en soi comme dans le monde entier...

(à ces mots le chien lève les yeux, l'air peu concerné...)

mardi 23 février 2016

#402


Son nom est dans la bouche de ceux qui l'ignorent encore. Sa silhouette ? Celle d'un point d'interrogation qui passe dans les yeux d'un passant puis disparait dans la foule, sans réponse. La ville, qui jusque-là n'a cessé de l'épier du corps à la pensée, apprend à l'ignorer avec le temps (ou est-ce lui qui ne prête plus attention à elle). C'est ce qu'il souhaite, tomber dans l'oubli, au fond du blanc laissé dans les discussions à son sujet... 

Il ne parle jamais vraiment. Il ne parle vraiment que lorsqu'il jette sa voix dans le vide, sans raison d'être là, à la merci du désir têtu de prendre encore la parole, même seul à sa fenêtre. Dans ces instants là, son identité va et vient, passagère comme un nuage à l'horizon, avec lequel, parfois, pour ne pas étouffer de silence, il entame une conversation.


Et la ville, toujours si indiscrète à son égard, ne peut se retenir d'écouter. Elle s'obstine, cherche à deviner, au ton et au son de sa voix, ce que l'étrange étranger adresse au nuage. Mais ce sont là des intonations dont elle ne peut déceler aucun sentiment, elle ne saurait dire de quelle nature sont les paroles de cet homme, tant la neutralité de sa voix semble inhumaine.


dimanche 21 février 2016

#401


lire du Beckett au soleil pour le faire tomber...


#400



à peine levé et déjà envahi par les mots que je n'écrirai pas aujourd'hui


jeudi 18 février 2016

#399



Des nuages passent... Un doute soudain : est-ce de la fumée... celle d'un incendie au loin... Qui a mis le feu à l'horizon ?


Ça lui rappelle une nuit où les détonations d'un fusil l'avait réveillé en sursaut, elle venaient de très loin, d'un autre pays, peut-être même d'un autre continent... et tous les chiens du quartier avaient ensuite hurlé à la mort, d'une façon très étrange, non parce-qu'il avaient peur, leurs aboiements simultanés ressemblaient à un choeur de sanglots d'hommes étouffés dans un coussin...

Il s'était persuadé que ça venait de son pays, celui quitté un jour comme un autre. Ça ne pouvait finir que comme ça se dit-il tout bas... Ça continuera... Un jour le pays hurlera comme un seul homme, une seule douleur, avant qu'il n'explose pour de bon. Un pays qui ne sera plus qu'un souvenir, le souvenir d'un nom à rayer de la carte, comme je l'ai fait avec ma carte d'identité...

mardi 16 février 2016

#398


La ville se perd dans l'absence d'étoile, dans le pourpre des nuages bas mêlés aux lueurs des lampadaires, des fenêtres encore allumées. Qui veille encore à cette heure-ci ? que font ceux qui ne peuvent fermer l'oeil... l'amour peut-être ? Là, sous ses yeux, deux silhouettes nues, entrelacées, fenêtre ouverte sur l'intimité d'une petite chambre verte offerte à l'ennui d'un regard perdu dans la nuit. Les corps dans un accouplement vétérinaire de leurs chairs ne font qu'exulter une jouissance des solitudes... une chute sans fin...

Le vent sèche la sueur de leurs corps exténués, il emporte les gémissements, la fumée des cigarettes, soulève une virgule de cheveux noirs sur l'angoisse incessante de celle déjà tournée de son côté du lit, l'air revanchard. L'autre l'ignore, continue de fumer à la fenêtre... 


...voit-il l'étrange étranger qui le regarde, au loin, comme s'il rencontrait pour la première fois son propre reflet, celui de sa solitude nocturne, fragmentée en un millier de fenêtres où la vie d'inconnus continue de passer sans lui ?


samedi 6 février 2016

#396


Là, juste à côté de lui, un autre étrange étranger. Les traits de son visage sont ceux des hommes venus des eaux étrangères. Mais les nombreuses années vécues ici troublent son origine. Aujourd'hui, il se confond avec la ville. Rien de racial dans sa ressemblance. Pourtant le teint est le même, imprégné de la moiteur poisseuse des moussons, jaune-gris tel un rayon de soleil blanc traversant la nuée d'essence et de fumée...

Tout de lui est d'ici, tout, la façon familière de s'installer sur le trottoir, le ton pris pour passer commande, les mouvements de mâchoire, le maniement des baguettes, du cure-dent, sa manière nonchalante de tenir son bébé en mangeant, le silence de son regard dans le vide où toute identité semble s'absenter, ailleurs, loin, dans une histoire qui n'est plus la sienne, une histoire sans mémoire certaine. Il serait bien incapable de dire si les bribes d'évènements qui parfois lui reviennent sont issues d'un rêve ou d'un passé oublié...


D'où vient-il ? Le sommeil de son fils dans ses bras, lui-même semble se demander...