jeudi 27 août 2015

#352


la parole à la pluie


parfois
le plein 
du vide 
en soi 
suffit




vendredi 21 août 2015

#351



Tu regardes ton visage adolescent de plus de trente ans. Tu n'y vois pas le reflet d'un père. Tout juste celui d'un enfant qui s'apprête à avoir un enfant. Tu n'y vois pas non plus le reflet de celui en train d'écrire ces lignes. Depuis toujours l'écriture rature les traits de ton visage, trouble les lettres de ton nom. Aujourd'hui, face à toi, j'ai une question : ressembles-tu à ce que tu écris ? 



Tu t'es bien gardé jusqu'ici d'exposer ton visage. Le web ne brise en rien la crainte de te montrer. Et puis surtout, tu refuses à tout prix de te prendre pour ce que tu écris. Si ce journal perdure à la deuxième personne du singulier, c'est parce que l'écriture s'adresse à toi directement. Tu n'es donc pas celui qui écrit. Ni même celui qui lit. L'adresse de ce journal est aussi trouble que multiple. Tu cherches à apostropher le silence de toute solitude, espères dėpasser la singularité de ta personne. L'intimité peut conduire à l'universalité t'avait écrit l'inconnu. D'où la publication de ce journal en ligne, malgré l'obscénité que cela comporte. 

Ici ton vital désir de partager (Jabès) s'échappe de la prison qu'est ton corps, satané corps décidément pas fait pour un homme. Tu ne connais personne qui te lise. Des proches ? Tu n'en a aucun. Quand tu l'évoques, peu de gens croient en ta solitude extrême. Tous pensent que c'est une posture, qu'il est impossible de vivre seul à ce point, d'avoir pour femme quelqu'un avec qui tu n'as rien en commun, aucun ami pour se confier. Mais toi tu te demandes justement comment ils font pour se satisfaire de discussions, sans jamais se sentir trahis par leur parole. Parler à quelqu'un semble pour eux si simple, dénué d'angoisse, de besoin de se taire, d'écrire.

Tu as des frères et soeurs, ils écrivent. Tous les jours. Comme toi. Leur présence sur le web les matérialise en tant qu'être de chair et d'os. Malgré les océans, les fuseaux horaires, les métiers, les âges qui vous séparent, tu entends derrière l'écran la voix d'une écriture, celle d'un frère (d'une soeur) qui n'aurait été personne si tu l'avais rencontré de vive voix, car toute parole est trop pauvre, trop déficiente pour aller à la rencontre de quelqu'un, en particulier quelqu'un qu'on respecte, qu'on estime pour son écriture, pour ce qu'il fait de son silence, puisque de lui, tu ne connais que le silence amical des phrases qu'il publie, la solitude qu'il partage en ligne, solitude qui est un peu la tienne aussi. 

Certitude : le web t'a mené à l'amitié du lirécrire.



mardi 18 août 2015

#350



Il est temps que le temps ne cesse de venir.


L'horizon du Mê Kong a toujours vu les hommes du fleuve et de ses affluents avancer sous toutes les moussons humides et sèches... ces hommes ayant tout vu des terres et des cieux d'ici noirs de nuages de bombes ou napalms... ces hommes insensés dorénavant d'un développement socialiste joyeux absurde... ces hommes désespérés d'un espoir s'échappant au-delà de cette cordillère d'Annam et de la mer de Chine... ces hommes des jours et des nuits en foule hurlante et grouillante de motos et bicyclettes. C'est donc ici, ce fut ici. Ce ne fut qu'un mélange de sang et sperme avec les banians et cocotiers, le commencement de toute préhistoire toujours renouvelée: une préhistoire appelant l'humanité d'un prénom. C'est un début de l'aube pas encore là et qui n'est déjà que le débit d'un crépuscule.


Il est temps que le temps soit toujours à-venir.

Je te salue au crépuscule homme femme fidèle
Pour cela seul qui vaut qu'on en parle aujourd'hui
Nous sommes les bergers je te dis d'une étoile
De si loin si longtemps et malgré tout suivie
Nous sommes les bergers de toute notre vie
Et nos pieds écorchés s'en vont vers d'autres pierres

Aragon (les Adieux)


samedi 15 août 2015

#349


Furtif appel de T. : «—I'm pregnant.»


Tu trembles calmement. Une contradiction remonte du fond de ton ventre. Tu ne saurais la nommer. C'est un état que tu ignores, un sentiment encore inconnu à explorer. Et comme une évidence, annoncer la nouvelle à l'écriture. Avant la famille, les amis, les correspondants. Quel que soit l'évènement, elle est toujours la première adresse. Parce-que sa distance amicale préserve l'intimité nécessaire pour parler au delà de la parole. Une présence nait du silence, une fois qu'on se tait, qu'on écrit vraiment, pas à partir d'un sujet, mais à partir des mots uniquement. Devant une feuille blanche, chaque mot peut mener à une révélation. Le risque de l'acte d'écrire ce journal est ici : ignorer ce qui s'apprête à être révélé. Après coup, souvent, tu as honte. Tu ne peux assumer l'absence de retenue de l'écriture. Sans dignité, elle ne se retient jamais. Tu as le pouvoir de travestir, voire raturer ce qui te compromet. Mais l'intérêt de ce journal, sa seule contrainte, c'est justement son geste, le rédigé-publié.

Alors aujourd'hui, où I'm pregnant va bien pouvoir te mener ? 


Après avoir raccroché, tu regardes à la fenêtre : la mort est là, à l'horizon, plus présente que d'habitude. Enfanter le mourir, quel désir assassin. Certes, mais quoi de plus humain ? Puis quelque-chose commence à t'enivrer. Ça ressemble à de l'amour. Tu ignorais qu'il était possible d'aimer quelqu'un qui n'existe pas encore. Des larmes montent. Des larmes de quoi ? Des larmes. Du corps qui s'exprime. Rien d'autre. Tu les retiens. Comme si les retenir était soudain nécessaire. Même seul.

Tu es nu. Avant l'appel de T., tu venais de te faire jouir. Ici tu ne crois pas aux coïncidences. Éjaculer à ce moment précis a enfanté ta solitude, ton écriture. Avant même sa naissance, l'enfant existe dans ta langue. Présence sans genre, sans visage, sans voix, sans nom, sans initiale, rien, rien qu'un étrange amour déjà à la merci du langage. 


jeudi 13 août 2015

#348



Le trait dis-tu est la ligne que tracent un outil un doigt une main... un mot une phrase que pose un écrivain... Le trait serait le signe du souffle d'un vivant, une trace de son passage sur un lieu donné à un moment donné, sa signature à la condition d'un alphabet. 
Le trait serait la première couleur d'une lettre. Le trait est une lettre, un vestige d'une lettre première disparue.



Le vieux Maître s'est dérangé pour me raccompagner
Avec nos cannes en bambou... pas à pas doucement
 lui titubant à mes côtés, nous descendons le sentier fleuri
Qui donc peut comprendre le trait de notre sentiment d'adieu
                                              qui nous étreint l'un à l'autre
J'ai soixante-dix printemps, le Maître plus de quatre vingt dix
Notre prochaine rencontre sera dans une autre vie... là-bas 


Le trait d'un adieu 
Po Chu Yi  (772-846), l'homme sans affaire


lundi 10 août 2015

#347

Vers le fantastique  atelier proposé par François Bon

#5 pour un dictionnaire


trait : nom masculin, ligne que le peintre trace avec son pinceau, ses doigts, sa main, cette main qui a aimé, caressé, giflé, aimé, bu, vécu jusqu'au tremblement. Je vois encore la sienne pousser la porte de l'atelier des potiers. La plupart d'entre-eux l'ont déjà reconnu. Sa réputation le précède, malgré son apparence de mendiant. Il ne demande presque rien, de quoi manger et il sera heureux. Mais les pots ne se vendent pas mieux avec de jolis motifs. On lui donne tout de même une jarre. Peut-être par pitié, par respect aussi pour son génie. Il tente d'y tracer une barque voguant sur l'eau. Mais du pinceau ne sort plus qu'un trait hasardeux. L'alcool, l'âge, la maladie, la misère, la fatigue d'exister, tout ça pèse désormais sur sa vieille main. Le trait est encore en lui, mais la main est désormais incapable de le tracer correctement. Un jeune potier s'énerve : «— comment diable peut-il peindre avec une main tremblante ! » On lui offre malgré tout le gîte et le couvert pour la nuit. Les jarres du jour sont au feu, en train de cuire. Pendant le dîner, le jeune potier s'approche un peu gêné du peintre et se confond en excuses : «— pardonnez mon ignorance maître, vous n'êtes pas un peintre ordinaire.» Le peintre n'en tient pas rigueur, lui tape amicalement sur l'épaule en riant, comme si cette reconnaissance n'avait au fond aucune importance, qu'il avait à juste titre juger son trait impuissant. Devant le feu, l'oeil sur les jarres, le jeune homme poursuit : «— quel genre de jarre voulez-vous ? Des peintres tels que vous souhaitent de la poudre d'acier à mettre afin que ces pièces prennent vie. Les vernisseurs veulent que leur émail se répande correctement. Le propriétaire du four attend un ou deux chefs-d'oeuvre. Mais la décision ne nous revient pas, c'est le feu qui décide.» Le peintre esquisse un sourire vaincu devant la vérité de ces dernières paroles. Son regard fixe gravement le feu. On dirait qu'il vient de résoudre une énigme. Alors que tout le monde dort, il rentre à quatre pattes dans le four.... et disparait dans un nuage de fumée. Le lendemain matin, les jarres ont fini leur cuisson. Sur l'une d'entre elle, le jeune artisan découvre, avec stupeur, en quelques traits à peine, la grâce d'une barque voguant sur l'eau.



#346


Sache-le donc. Tu t'en allais toujours le cœur battant, à vif avec tes phrases indignées de ses colères, jamais apaisées par ses révoltes... Oui ! Sache-le... tu n'avais pas mal au coeur... Tu avais mal aux mots... Jusqu'ici sous ta tête en ébullition, tu causes avec ce qui t'humilie et t'indigne... Alors tu t'en vas avec la honte, te méprisant à force de croire à une virginité... Nul n'échappe au tranchant de son destin car aucun ne peut se délester de cet oracle qui l'a poignardé. 

Ce fut ton impossible... et ta vie se soulagera quand tu sauras que tu ne seras plus... quand le sang ne battra plus et s'arrêtera dans tes artères écorchées.
Ne t'interroge pas sur comment finissent les histoires, elles se soldent toutes en solde de tout compte, et le monde continuera et explosera sans toi, unique certitude. 

Ce ne furent que paroles en l'air, des paroles perdues... une sorte de matière noire du langage faisant graviter physiquement les hommes entre eux, les déformant autour des mots et sonorités du Babel des langues. Ce n'est que le couteau des mots, planté dans le coeur de tes vaines paroles... une palette esquissant des natures mortes, des choses mortes. Sache-le. 


Je marche au milieu du monde sans me plaindre 
Les uns ne me saluent pas Les autres si 
Comme un arbre en la saison d'hiver 
Je marche au milieu du monde Étranger Pourtant 
Ce couteau dans moi 

Qui ne rime qu'à souffrir 

Je n'ai pas vu qui me l'a planté dans le coeur 

Un homme au bras solide 
Il ne m'a pourtant pas tué tout de suite 
C'est bien ma chance 
Il faudrait d'un coup retirer le couteau 
Avec ma vie 
Mais il n'y a personne pour cela pour le sang 

Je marche au milieu du monde avec 
Ce couteau dans le coeur 

Paroles perdues 
Aragon 



jeudi 6 août 2015

#345


Un carnet manuscrit oublié dans un carton. Vieux d'au moins sept ans. Seul un récit de rêve et quelques croquis retiennent encore ton attention. Le reste est à jeter. Une seule relecture suffit pour reconnaître la mort des phrases. L'écriture ouvre d'innombrables chemins, que tu prends ou pas, selon le temps que te laissent la vie matérielle, la procrastination, la paresse, le manque d'exigence... Les chemins manqués, tu ne peux revenir dessus. Quelque soit le prétexte. Le temps n'épargne pas les phrases.

*

Les Nuits #334 & #343 sont-elles des peintures de paroles tels deux pendants en miroir de soupçon, l'un avec l'autre ? Deux tableaux en mots, en couleurs de mots, tels deux portraits d'un même disparu devenu fantôme ? Fantôme venant encore hanter les pensées toujours là de l'enfant qui a été, revenant escorté du cortège de ces statuettes... présences muettes et témoins impassibles d'un instant... de rêves et cauchemars en bois d'éternités et d'étreintes

*

Première : sur le chemin du retour, tu bouscules du bout de la chaussure un petit oiseau qui picorait sur le trottoir. Il rejoint l'arbre qui te surplombe et regarde avec crainte.


mercredi 5 août 2015

#344


« Ô nuit sans objets. Ô fenêtre sourde au dehors, ô portes closes avec soin ; pratiques venues d’anciens temps, transmises, vérifiées, jamais entièrement comprises. Ô silence dans la cage de l’escalier, silence dans les chambres voisines, silence là-haut, au plafond. Ô mère : ô toi unique, qui t’es mise devant tout ce silence, au temps que j’étais enfant. Qui le prends sur toi, qui dis : « Ne t’effraie pas, c’est moi ». Qui as le courage, en pleine nuit, d’être le silence pour ce qui a peur, pour ce qui périt de peur. Tu allumes une lumière et le bruit déjà c’est toi. Tu la soulèves et tu dis : « C’est moi, ne t’effraie pas ». Et tu la déposes, lentement, et il n’y a pas de doute : c’est toi, tu es la lumière autour des objets familiers et intimes qui sont là, sans arrière-sens, bons, simples, certains. Et lorsque quelque chose remue dans le mur ou fait un pas dans le plancher : tu souris seulement, tu souris, souris, transparente sur un fond clair, au visage angoissé qui te sonde comme si tu étais dans le secret de chaque son étouffé, d’accord avec lui et de concert. Un pouvoir égale-t-il ton pouvoir dans le royaume de la terre ? Vois, les rois eux-mêmes sont raidis sur leur couche et le conteur n’arrive pas à les distraire. Sur les seins adorés de leur maîtresse la plus chère, la terreur s’insinue en eux et les fait tremblants et impuissants. Mais toi tu viens et tu tiens l’immensité derrière toi et tu es tout entière devant elle ; non pas comme un rideau qu’elle pourrait soulever ici et là. Non ! Comme si tu l’avais rattrapée à l’appel de celui qui avait besoin de toi. Comme si tu avais devancé de beaucoup tout ce qui peut encore arriver et que tu n’eusses dans le dos que ta course vers lui, ton chemin éternel, le vol de ton amour.»

Rainer Maria Rilke, Les carnets de Malte Laurids Brigge



mardi 4 août 2015

#343


Vers le fantastique  atelier proposé par François Bon

#2 marcher dans la maison vide (version 2)


Le portail en bois immense, lourd comme un secret. Sentiment désagréable d'être mis en demeure de rentrer. Je prends de l'élan, rentre dedans l'épaule en avant tel un taureau traînant derrière lui un martyr. À peine le temps de passer qu'il se referme violemment derrière moi dans un bruit sourd. J'ai froid. Ça ressemble à une grotte au beau milieu de la ville. Peut-être une salle d'attente. Lieu sombre et sans secours où mon nom semble condamné aux oubliettes. Sûr qu'ici personne ne m'entendra. Derrière l'église sonne le glas. La voix de Dieu est terrifiante. Ça sent la pierre. Jusqu'à l'asphyxie. À chaque pas les craquements du vieux plancher. De faibles rayons de soleil traversent les volets, transpercent l'obscurité poussiéreuse. La lumière rappelle qu'il existe un monde dehors, un monde dont ce lieu clos semble exclu. Ici le jour se fait discret. Les volets sont clos. Il me faudrait une torche en flammes pour explorer le noir de la pièce. Je n'ai qu'un briquet. La flamme à la main, je découvre une dizaine de statues alignées sur la cheminée comme une armée de regards prêts à m'envahir, deux masques accrochés aux murs; eux aussi me suivent du regard, d'un regard noir comme un couloir dans la nuit. L'un grimace d'ironie, l'autre de tristesse. Plus loin la photo d'un homme barbu à deux âges différents me fait face, l'air aussi austère que pénétrant. Dessous un vieux divan défoncé. On peut encore apercevoir la silhouette et les postures de ceux qui un jour, une nuit, s'y sont allongés pour ne rien dire, pleurer, faire la sieste et rêver. Une autre porte ouverte où s'enfoncer plus loin dans le noir. Sur le sol un grand drap sale comme une nappe de fin de repas. Des flacons d'essence de térébenthine et d'huile d'oeillette renversés, une palette sèche et des toiles, partout, entassées. Certaines sont déchirées. Toutes sont le portrait d'une seule et même personne. Ici quelqu'un s'est lavé les mains d'un soupçon. Le lavabo s'en souvient encore. La vasque blanche est imprégnée de pourpre. Est-ce de la peinture ou du sang ? 




lundi 3 août 2015

#342

Vers le fantastique  atelier proposé par François Bon

#1 les peurs (version 2)


ça commence toujours avec la peur de s'engouffrer dans le noir d'une phrase dont je ne reviens pas — long tunnel labyrinthique dans lequel je tremble d'ignorer où et quand la nuit finira — malgré le risque j'avance à l'aveugle la main devant moi, m'enfonce dans l'oubli des heures; à force de me perdre je ne sais plus d'où j'ai peur, la mémoire est désormais une fiction d'où jaillit une légende barbare au sujet de ma rue, la rue du Taur, là où le corps de Saint Saturnin fut trainé à mort; dans ma tête le tableau du supplice, le portrait du martyre, les images sanglantes défilent, j'ai envie de pleurer, ouvre les yeux pour ne plus voir de telles atrocités, mon regard cherche du réconfort dans la lumière de la veilleuse, mais les ombres qu'elle crée sur le mur sont plus effrayantes encore; alors crie, appelle au secours ! impossible ! de ma bouche ne sort qu'un chuchotement inaudible, ai-je perdu la voix ? à jamais ? mon dieu, je suis muet, qu'ai je fait pour mériter ça, trop de mensonges n'est-ce pas ? ma mère m'avait pourtant prévenu : — arrête de mentir où tu vas perdre ta langue ! si seulement je l'avais écoutée, si seulement je pouvais l'appeler, qu'elle vienne s'asseoir à côté de moi, le temps que je m'apaise; un baiser, un seul et je pourrais dormir en paix, sans elle, je suis ce soir condamné à la nuit blanche, malgré la fatigue, les yeux qui peu à peu s'alourdissent, je me force à rester éveillé pour éviter le cauchemar, toujours le même : deux vieilles sorcières aux mains crochues m'attendent au fond du couloir, comment m'échapper ? en revenant à moi, surtout ne pas tomber de sommeil, rester ici dans la chambre, continuer à écrire, assis en tailleur sur le lit, l'ipad sur les cuisses, ainsi je ne risque rien, quoique, le pire vient souvent à la rencontre de celui assez seul pour passer la nuit à écrire une phrase...




samedi 1 août 2015

#341

Vers le fantastique  atelier proposé par François Bon

#4 compter jusqu'à 5 (rêves)


1, vol au dessus de trois hommes barbus, trois dieux qui seraient à l'origine du monde, tous trois armés d'une Kalashnikov ; surtout ne pas me faire surprendre, me faire le plus discret possible, mais je vole si mal, mes gestes sont encore trop brusques ; l'un d'eux finit par me remarquer : il me fusille du regard, 2, au fond d'un trou, sur une plage déserte, le père berce dans ses bras sa mère morte, je prends la pelle pour les ensevelir; malgré le sable qui leur tombe dessus, ils restent là, immobiles comme des statues; 3, un papillon de nuit se jette sur un lit de braises, un homme d'une cinquantaine d'années le regarde s'enflammer avec gravité et me dit en coréen : — c'est un suicide; 4, en quelques secondes, le fleur s'affaisse, s'assèche, meurt sous mes yeux; à cet instant même, j'entends un cri venu du premier étage, c'est la soeur, elle hurle : — maman est morte ! maman est morte ! 5, dans un parking souterrain, sol jonché de vomi et de foutre; derrière une voiture blanche, des cadavres, tous les uns sur les autres, figés dans la position de leur dernier ébat, morts d'orgie; 6, une clé sur un passage piéton ;  dans la hâte de ma marche, je n'y prête pas attention; quelques mètres plus loin, la vision de la clé me hante, sa couleur dorée m'est familière, je ne peux m'empêcher de revenir sur mes pas, quelle porte connue ouvre-t-elle ? 7, autour du cou un appareil photo, avec quatre autres personnes autour d'une table ronde, nous nous tenons la main et nous endormons. Plongés dans le même rêve, nous arpentons des montagnes en guerre, en flammes, le ciel est une lave fluorescente; le temps nous est compté : plus nous nous approchons de notre réveil, plus l'espace se réduit, comme si un écoulement de sable rebouchait le trou dans lequel nous sommes; avant que tout disparaisse, je prends la photo d'un enfant noir qui me tire dessus; nous nous réveillons abasourdis d'avoir rêvé la même chose; je dis : — j'ai ramené une photo du rêve ! le père psychanalyste, subjugué d'une telle révélation, veut voir la photo, veut la preuve de ce que j'avance.