vendredi 30 janvier 2015

#253


...
souviens toi
ces nuages
          qui volent
          et sans cesse reviennent
du pied du ciel là bas
          sous la pluie
          éparse fine
regarde
la route maintenant
          une dernière fois
          demain s'en va
et un bouquet d'herbes et sa fleur fanée
          salissent
          et verdissent
la chemise depuis longtemps décousue

ainsi l'histoire
d'une vie
          emportée avec les vents à l'horizon



Wang Wei en libre traduction apatride

le vide
éternel
lointain



samedi 24 janvier 2015

#252






"Des enfants jouent sur un rivage, et aperçoivent un corps échoué. C’est celui de monsieur M..."

Lire la suite ICI





vendredi 23 janvier 2015

#251


   Je suis #... etc
   Je suis #... etc
   Je suis #... etc
   Je suis #... etc
   Je suis #... etc

   Je suis #lemondeapatride

Comment lire ceci sans mettre à l'abri... l'abri de son engagement singulier total sans concession de l'instant... avec ses limites, ses insuffisances ?

Nous allons tout droit dans le mur de nos vérités, de notre désastre.


L'apatride

samedi 17 janvier 2015

#250



          Au secours
J'ai cru monter au ciel
Comme une Sainte
Sans rire
et la vie referme sur moi son couvercle de plomb
Certains jours il m'aidait: "Chère et pauvre âme perdue"
D'autres il me voulait...
Comme un gant dans la main
et nous roulions sans fin
C'était vaste et profond
comme la mer
trouble et fangeux

Fragments
page 148 écrits de LAURE édition Pauvert


Dieu serait il un homme pour qui la mort, ou plutôt la réflexion sur la mort, serait un amusement prodigieux?
Manière de parler bien incorrecte? Sans doute.
Manière de rire, plutôt. Mais le rire et la parole (j'entends la parole qui, sans piège, ne se dérobe pas devant les conséquences de la parole) ne pourraient-ils pas, à la fin, s'accorder?

Georges Bataille LE COUPABLE
Fragments retrouvés sur Laure page 288

Oui
quelques phares isolés de la pensée parlent dans l'éternité



L'apatride

jeudi 15 janvier 2015

#249 bis



Ces mains bonnes à tout même à tenir des armes
Dans ces rues que les hommes ont tracées pour ton bien
Ces rivages perdus vers lesquels tu t´acharnes
Où tu veux aborder
Et pour t´en empêcher
Les mains de l´oppression

Regarde-la gémir sur la gueule des gens
Avec les yeux fardés d´horaires et de rêves
Regarde-là se taire aux gorges du printemps
Avec les mains trahies par la faim qui se lève

Ces yeux qui te regardent et la nuit et le jour
Et que l´on dit braqués sur les chiffres et la haine
Ces choses "défendues" vers lesquelles tu te traînes
Et qui seront à toi
Lorsque tu fermeras
Les yeux de l´oppression

Regarde-la pointer son sourire indécent
Sur la censure apprise et qui va à la messe
Regarde-la jouir dans ce jouet d´enfant
Et qui tue des fantômes en perdant ta jeunesse

Ces lois qui t´embarrassent au point de les nier
Dans les couloirs glacés de la nuit conseillère
Et l´Amour qui se lève à l´Université
Et qui t´envahira
Lorsque tu casseras
Les lois de l´oppression

Regarde-la flâner dans l´œil de tes copains
Sous le couvert joyeux de soleils fraternels
Regarde-la glisser peu à peu dans leurs mains
Qui formeront des poings
Dès qu´ils auront atteint
L´âge de l´oppression

Ces yeux qui te regardent et la nuit et le jour
Et que l´on dit braqués sur les chiffres et la haine
Ces choses "défendues" vers lesquelles tu te traînes
Et qui seront à toi
Lorsque tu fermeras
Les yeux de l´oppression

Léo Ferré

#249


J'attends dans le silence une voix. Mais elle est déjà loin. Ça fait des mois qu'elle ne vient plus me rencontrer. Il n'y a pas si longtemps, elle recouvrait les voix alentours, peu importe où je me trouvais. Même en plein milieu de la foule, j'étais seul avec elle. Plus personne autour de moi n'existait. À présent je ne peux me résoudre à poser le moindre mot. J'ai besoin d'affronter une voix pour écrire. Mais je n'entends plus rien. La guerre en moi est terminée. Le champ de bataille est calme, froid. La paix qui règne est terrifiante. Ne reste que la fumée d'une lutte, celle de toutes ces nuits affrontées. Le jour se lève. Je cherche le cadavre de la voix morte. Elle n'a laissé derrière elle aucun corps, aucune phrase, pas une trace. Le livre est clos. La page est tournée.


Le bruit du monde refait surface. Il me harcèle, m'asphyxie. Pas une seconde où mettre ma pensée à l'abri. Ça parle dans toutes les langues et dans tous les sens, en groupe, face à face, au téléphone, ça hurle, commande des cafés, des verres de blanc, des jus, des parts de tartes... en fond l'enfer d'une "musique" qui n'est que pur mépris du silence. Derrière les fenêtres, l'incessant grondement des moteurs, les conversations des klaxons. Au mur des photos de Saigon d'il y a un demi siècle. Tout y semble si calme, le calme d'un pays en guerre...


Je ne me résigne pas pour autant. Je fixe l'écran de ma page blanche, cherche une faille où quelques phrases pourraient s'échapper. J'ouvre les yeux. Je ne les avais pas ouverts depuis si longtemps. Le réveil est brutal. La lumière aveuglante. Ici le sang n'est plus de l'encre, la mort n'est plus un mot. Les voix abattues laissent derrière elle leurs corps, leurs noms... Derrière mon écran, je suis et je ne suis pas, descends et ne descends pas dans la rue marcher avec mes semblables, autant d'autres Je en qui je me reconnais, malgré tout ce qui nous sépare, fraternité d'un instant, l'instant d'une minute de silence... toujours trop brève.



Puis les paroles se relâchent à nouveau, aussi dignes qu'obscènes, elles se disputent sur les cadavres encore chauds le sacré, la raison, la morale, la vérité... Le monde tourne sur lui-même. Le désastre continue de faire la une. Ou pas. Je m'indigne un jour. Ne m'indigne plus un autre. Impuissant, seul devant mon écran. L'élan fraternel ne peut s'arrêter aux frontières de ma rue, de ma ville, de ma patrie... et même de mes idées. Je suis ET ne suis pas ce Je. Je ne peux pas extraire ma seule singularité du relent nauséabond des bas-fonds humains car je ne peux la soustraire de l'unanimité de cette espèce humaine dont je fais partie. J'oublie que mes mots sont à la fois mon sang et mon encre. Je suis leur victime et leur ennemi. Je suis le frère d'un héros, d'un monstre aussi... 


Comment me pardonner d'être un homme...



mercredi 14 janvier 2015

#248



... je marche sur une plage. J'aperçois dans un trou mon père tenant comme un bébé sa vieille mère dans ses bras. On dirait qu'il la berce. Peut-être est elle déjà morte. Il la regarde avec gravité. Je prends une pelle pour les ensevelir. Malgré le sable qui leur tombe dessus, ils restent là, immobiles comme des statues...




#247


L'homme et son Dieu se disputent le Sacré et jusqu'à maintenant,  il y a eu beaucoup de morts d'hommes.

L'apatride



jeudi 8 janvier 2015

#246 bis




Je ne peux pas extraire ma seule singularité soi-disant du relent nauséabond des bas-fonds humains car je ne peux la soustraire de l'unanimité de cette espèce humaine dont je fais partie.

L'apatride

#246


Saigon, 7 janvier, 17 heures 22


à l'horizon un rire... interrompu par des coups de feu.



mardi 6 janvier 2015

#245

"L'ERRANCE DE L'OISEAU



Si tu es un oiseau
Rien d'autre qu'un oiseau
Au moment où le vent se lève
Tu t'envoles
Écarquillant ton œil tout rond
Tu regardes dans l'obscurité ce sacré bas monde
Au-delà du marais des ennuis
En vol de nuit, sans but précis
À l'écoute du sifflement de l'air et le cœur battant
Quelle aisance dans l'errance


Tu tournes en un cercle ou vas tout droit, libre de choix
Sans obligation de revenir au même endroit
Pourquoi alors reprendre ces minuscules scrupules
Plus de souci, plus de contraintes ni de rancune
Une fois dégagée du fardeau du passé
Ta liberté est au bout des ailes
Tu voltiges, tourbillonnes à ton gré
Un piqué et un rase-mottes ensuite
Et cette terre si lourde autrefois
Commence à balancer avec toi
Tantôt ondule comme une nappe
Tantôt se dresse comme une muraille
La perspective, obsession illusoire jamais aboutie, ainsi disparue
Tant de merveilles successivement inattendues


Brouillard ou nuage
Tu traverses d'un large trait
Et recueilles la lueur et l'aurore
Tout en survolant les montagnes mouvantes
Puis un lac tournant miraculeusement
C'est ainsi que ton esprit circule
Entre le désert et la mer, à la jonction du jour et de la nuit
Tandis qu'un œil immense te conduit vers l'inconnu
Et tu es un oiseau
D'avoir eu une fois un tel regard
Tu t'immerges aussitôt dans la méditation
Révélée par une métaphysique de la vision
Effacée de tout trouble creusé par les mots
Si épurée et limpide que même la distance du proche au lointain
s'est fondue dans l'infini
Ce qui est flou, difficile à percevoir
Ce que tu as envie de voir sans oser l'imaginer
D'un coup, tu y accéderas


Dans une luminosité éblouissante
Le vide, autant que la plénitude
Fait s'affronter l'éternel à l'instant
Une transparence du temps
De certaines ombres ou fissures
Surgit un vague oubli


Tout cela que tu n'as jamais eu, aussi éphémère qu'imprévu
Le moindre égarement te fait immédiatement perdre la vue 

Et tu bascules de nouveau dans la pénombre
Sachant bien que tu n'es pas oiseau
Ne parviens plus à te dégager de l'angoisse
Qui te harcèle constamment de toute part
Et le fracas de tous les jours ne t'épargne pas


Une lutte inutile
Tu devrais au moins trouver un havre
Pour le calme de ton âme, si tu en as encore une
Un espace quelque part
Un univers, ni paradis ni enfer
Où se pose l'apesanteur de tes sens


Voilà le lieu préservé du dernier jugement
Et épargné de la nouvelle utopie
L'endroit que les oiseaux réservent au sacrifice
Avant que la nature ne les récupère
Pour qu'ils se meurent dans le silence
Pourtant comment trouver cette terre immaculée
Où peut-on obtenir une telle sérénité
À la fin de la vie fatiguée et abîmée

Et as-tu jamais vu un oiseau vieux
Affaibli, lamentable ou anxieux
Qui se plaint, qui pleurniche
Qui trompe, qui triche
Sans parler de celui qui quémande la survie
Même si à l'agonie, lui, a déjà préparé son refuge
Là où il attend calmement que sa vie s'en aille
Ce lieu saint que tu ne trouves nulle part
Que tous les oiseaux savent
Après avoir joui de la pleine aisance
Le moment venu, ils s'y rendent pour le dernier hommage


Gao Xingjian

vendredi 2 janvier 2015

#244



Monsieur,
Depuis un long temps, vous vous êtes tu... exécuté dans un silence sans écho. Je disais déjà dans une nuit lointaine de ces Nuits échouées de Anh Mat... que je ne vous rencontrerai prochainement plus que dans un livre. 
Ainsi ce sera le 9 février 2015 dans les derniers jours de l'année du Cheval avant celle du Mouton et de la Chèvre !



De cet horizon où je me suis réfugié et qui m'efface doucement avec le temps, je me démène démène pour revenir saluer votre venue dans le monde de toutes ces choses écrites...  vous saluer et vous lire à Saïgon devenue la révolutionnaire Hô Chi Minh City... un acte d'amitié complice entre ceux comme nous qui ne sont plus attachés à rien... un acte à faire dans cette moiteur durassienne étouffante restée intacte là-bas. 

Il ne nous reste des fois que des actes à faire sans que l'on sache trop pourquoi, n'est ce pas? Ainsi cet obscur souhait de lecteur avec lui même !

Votre apatride.  



jeudi 1 janvier 2015

#243




Avec le vent clair... des chants vers le
ciel
s'enroulent autour des nuages et
s'envolent

Li Po 701-762