dimanche 28 décembre 2014

mercredi 24 décembre 2014

dimanche 21 décembre 2014

#240 bis


Et le sac des mots et des langues n'appartient à quiconque, il appartient à toutes et tous... une écriture n'appartient à personne... un livre est en lui même un personnage silencieux vivant du souffle d'une lecture sur des mots... un livre est un ami de rencontre... il n'y a jamais eu de communication, il ne reste dans nos oreilles que le brouhaha de la foule assourdissante... d'une multitude.





Sortir la solitude de tous ces mots en nous... ainsi écrire pour lire, ainsi lire pour écrire.



L'apatride.






jeudi 18 décembre 2014

#240


La nuit est encore la nuit pour quelques minutes seulement. Les lampadaires s'éteignent les uns après les autres. Les coqs de combat ne cessent de hurler. Il est bientôt temps de se battre. Je regarde l'aube une dernière fois. L'écran est noir. L'insomnie meurt à la lumière du jour.



J'arrive au bout de ton épreuve avec un sentiment d'inachevé. Il reste bien quelques phrases à retourner, d'autres à raturer. Mais au fond de moi je sais que notre conversation est déjà terminée. Je suis arrivé à un point où plus rien de toi ne m'appartient. Ta raison d'être a disparu. Je regarde ta voix s'éloigner. Il suffit que je relise tes premières pages pour comprendre que n'avons plus rien à faire ensemble. Qu'ai-je été pour toi ? Des mains qui tapent sur des lettres. Rien d'autre. 



Tu n'es pas mon livre mais celui des lecteurs que tu attends. C'est eux qui t'achèveront. Nos chemins se sépareront le jour de ta publication. 



vendredi 12 décembre 2014

#239 bis

Que défaille donc l'homme parmi ses congénères! Qu'il puisse ne laisser aucune trace de la faillite de son passage...


... ce qui s'appelle un soulagement enfin.

L'apatride


#239



Je crois que tu as un certain talent d'éducateur ; ton éducation aurait certainement pu être utile à un être fait de la même pâte que toi ; il aurait aperçu le bon sens de ce que tu disais, n'aurait point eu d'autres soucis et aurait tranquillement accompli les choses de cette façon ; mais pour l'enfant que j'étais, tout ce que tu me criais était positivement un commandement du ciel, je ne l'oubliais jamais, cela restait pour moi le moyen le plus important dont je disposais pour juger le monde, avant tout pour te juger toi-même, et, sur ce point, tu faisais complètement faillite.

Franz Kafka, Lettre au père


dimanche 7 décembre 2014

#238

Je suis sorti de la voiture. J'ai respiré l'air frais. J'ai salué la montagne Noire. Et je me suis dirigé vers la photo que lit le vieux de ·Rêve. Je me suis dirigé vers ce lieu que je ne savais pas situer encore. J'avais l'intuition que ce serait facile. Je savais déjà que le péril serait ailleurs. Probablement dans la redite éreintante d'une connaissance banale. Comme ce ciel crayeux peut-être sur le fond duquel aucune couleur ne semblait possible. Je me sentais fort. Je me sentais jeune. Le vent était mon sang là-haut dans la forêt. Mes yeux avaient pour surface le monde incendié de lumière. J'avais à perdre ce désespoir fou qui m'enracinait dans la rage et l'expression du cri. J'avais à me perdre. J'étais prêt à changer. J'étais prêt à faire face au savoir banal que déjà je maîtrisais mais que par fidélité pour ma douleur je ne pouvais ni ne voulais rendre effectif. Combien de jours parmi les hommes à vivre ainsi, dans la connaissance du juste et malgré cela dans l'incapacité de faire quoi que ce soit de décisif ? Ce n'est pas le savoir qui libère, c'est le meurtre de soi. 

Je me suis appelé. Je me suis dit dans le silence et la solitude. Je me suis parcouru de long en large. Je me suis ému tellement je ne me connaissais pas. Tellement je n'étais plus une habitude pour moi-même. Il y eut un sourire, je m'en souviens bien, sur mon visage beau comme une averse un soir d'été quand la soif a dit les choses. Après bien des années j'étais proche enfin de pouvoir partager ma vie, et d'abord avec celui-là que je devenais. La révélation n'aurait rien d'extraordinaire. Les cieux ne s'ouvriraient pas. Les nuées demeureraient muettes. Seule l'herbe serait à la hauteur. Ce que je cherchais, c'était ma vie de tous les jours, ma vie fondée sur la blessure, ma vie de tous les humains. Il ne restait qu'à trouver la photo, le texte en image que lit le vieux, ces phrases logées dans les pixels de ·Rêve. Ta mère était lamentable. Elle n'était pas une mère. Elle ne disait jamais rien. Il ne me restait qu'à cadrer un bout de mur humide et quelques cyprès, en signe d'obéissance. J'ai sorti mon appareil photo.


    Julien Boutonnier, Ma mère est lamentable




vendredi 5 décembre 2014

#237



il y a des heures 
où tu ne cesses 
de te cogner 
contre les murs 
de tes regards 
dans le vide










mardi 2 décembre 2014