dimanche 23 novembre 2014

#235


Quand tu es penché sur la page blanche, pourquoi ces inhibitions, ce blocage, cette impression que tu es attelé à une tâche aux difficultés insurmontables ? D'emblée, une sensation de fatigue. La conviction que tu ne pourras qu'échouer. Cependant, tu te refuses à accepter cette fatalité de l'échec. Alors contre tout bon sens, tu avances dans la nuit.
D'abord descendre. Encore descendre. Le dégager de la tourbe, ou de la boue, ou bien encore d'un magma en fusion. Puis le tirer, le hisser, lui faire péniblement traverser plusieurs strates au sein desquelles il risque de s'enliser, se dissoudre. S'il en émerge, enfin il vient au jour, et quand tu le couches sur le papier, alors que tu le crois gonflé de ta substance, tu découvres qu'il n'est qu'un mot inerte, pauvre, gris. Tu le refuses. Tu redescends dans la mine, creuses plus profond, cherches celui qui apparaîtra plus dense, plus coloré, plus vivace. Ainsi sans fin. Ainsi cet épuisement qui te maintient en permanence à l'extrême de ce que tu peux.

Charles Juliet




samedi 22 novembre 2014

#234


Je finis, avec la peine de ce mot écrit et lu, à faire juste une boucle avec le temps.






L'apatride en fuite.


À Marguerite morte, Yann Andréa écrivit à Duras: " Vous mourez d'épuisement, vous mourez morte d'avoir trop regardé le monde [...]. Morte d'avoir trop bu, whisky, vin rouge, vin blanc, toute sortes d'alcools, morte d'avoir trop fumé, trop de paquets de Gitanes sans filtre, morte d'avoir trop aimé, les amants, toutes sortes d'amants, trop de tentatives d'amour, de l'amour entier, mortel justement, morte de trop de colères contre les injustices du monde, la pauvreté intolérable, les lépreux de Calcutta [...]. Morte d'avoir trop écrit."


jeudi 20 novembre 2014

#233


Combien de nuits blanches à écrire un paragraphe d'une dizaine de lignes ? Combien d'heures à creuser des phrases menant toutes à une impasse ? Combien de secondes sans faire le moindre pas ? Combien de kilomètres de fausses routes parcourues ? Combien de fois le même passage réécrit, relu, puis finalement effacé, sans regret, malgré la nuit entière passé dessus ?

Arrête-toi un instant. Peut-être même quelques jours. Pas le choix. Le texte demande à être seul. Il en a marre de ta gueule, de ta voix qui ne cesse de couvrir la sienne. Ferme l'ordinateur. Ouvre la fenêtre. Deviens la lumière des lampadaires, le silence des maisons, la ville vidée du bruit des machines, des hommes, des animaux. La nuit sans mot se meurt sous tes yeux.


Regarde : le soleil se lève, l'oeil ouvert sur ton visage épuisé de n'avoir rien écrit.





mardi 11 novembre 2014

#232


 
    il y a des soirs
    où de colère d'avoir tant parlé
    tu rentrerais volontiers dans le lard
    du porc qui grogne et sue
    de tous les pores de ta langue



dimanche 2 novembre 2014

#231

    


    la voix s'apprête
    à dévoiler 
    son visage éclairé 
    par la lumière 
    de l'écran