lundi 27 octobre 2014

#230


    ainsi 
    sans souvenir
    d'avoir un jour 
    parlé


    la bouche s'ouvre
    sur un trou noir
    de mémoire





samedi 25 octobre 2014

vendredi 24 octobre 2014

#228



    regarde 
    les cendres 
    s'apprêtant à tomber 
    d'une main cherchant
    ses mots



jeudi 23 octobre 2014

#227


    et dire qu'un seul coup de ciseau
    a suffi pour couper le cordon 
    autour du cou d'un être 
    qui avant même de naître 
    cherchait déjà à se pendre


(bon nombre de nombrils ne cicatrisent jamais)








mercredi 22 octobre 2014

#226



    il n'y a plus
    que les poils
    et la peau 
    sur l'os à moelle 
    des heures
    à ronger



mardi 21 octobre 2014

#225


    ici
    aux portes des yeux 


    le désir d'un aveu 
    survit



#224



                                       écoute
                                       le bruit d'ongle
                                       grattant les murs 
                                       de l'infime et sombre 
                                       espace
                                       contenant le cri
                                       d'une phrase infirme
                                       sans sujet






dimanche 19 octobre 2014

#223


Ne serait-ce qu'un je... celui qui parle et s'éteint ?
Écrire laisse juste une musique des traces venant hanter d'une voix la parole et la mort, leurs silence et solitude, telle est toute pro-nomination... énonçant un autre à l'horizon du monde finissant de chaque homme.

Ainsi ce poème de jeunesse de James Joyce :

Et je me suis assis parmi la foule turbulente,
Et j'ai assisté à leurs jeux impétueux; 
Je me suis redressé, j'ai hurlé fort, 
Aussi criard, aussi grossier qu'eux tous.

J'ai uni mon sort au vulgaire 
Et suis à jamais marqué de son baiser cruel, 
Humblement je vivais au hasard des aumônes, 
Buvant avidement les lies des bienheureux. 


Poésies 
(James Joyce Oeuvres tome 1 la pléiade nrf page 9)  



N'est ce pas Joyce qui nous le disait, en le disant à Eugène Jolas: 
" J'ai découvert que je peux faire tout ce que je veux avec la langue..." faisant apparaître sous la peau des mots "en un instant d'extase... le coeur sauvage de la vie"?

L'apatride


samedi 18 octobre 2014

jeudi 16 octobre 2014

#221



J'ai trahi le silence auquel j'aspire. Je continue en cet instant même cette trahison en écrivant à son sujet. Je n'ai cessé de remettre au lendemain le jour où je détruirai le je de ce carnet croyant naïvement extirper sa parole de ma propre voix, de mon corps tout entier. Je pensais pouvoir assujettir ce pronom dans un enclos de fiction pour à la fois me dire et m'échapper de ce "dit". Échec cuisant : la bête qu'est mon insupportable moi a depuis des mois repris ses libertés au détriment de l'écriture. La moindre introspection, aussi sincère soit-elle, me semble aujourd'hui obscène sortant de la bouche de ce je là. Comment le nier plus longtemps : ce je se prend pour ma chair, ma salive, mon sperme, mon sang. Je ressemble comme deux gouttes d'eau à ce que j'écris. J'ai honte. Il est grand temps de me refaire le portrait. Avec un souhait. Un seul : que ma parole périsse dans les fictions à venir.








lundi 13 octobre 2014

#220 bis


Les gens du continent de l'Empire du Milieu, les gens du pays des LY appellent les étudiants ou autres intellectuels et écrivains « les porteurs de lunettes ». Pour ces porteurs de lunettes, voici une trace de leur Histoire, une légende de leur pays, il y a 4000 ans :
« Hou Yi, puissant chef de tribu, épousa une fort belle femme nommée Chang E, qui était hantée par l’idée qu’elle pourrait un jour parvenir jusqu’à la lune. Ayant découvert que son époux avait obtenu de Xi Wang Mu, la reine du ciel, un élixir magique, elle l’avala en secret. Elle s’aperçut alors qu’elle pouvait voler et, plantant là... Terre et mari, elle partit pour la lune d’où elle ne revint jamais. »

Pendant des millénaires, des générations de Chinois ont répété cette fable. Chaque fois que les poètes évoquaient la lune, ils ne manquaient pas d’introduire quelques allusions à Chang E, seule dans son royaume lunaire, avec pour unique compagnie le bûcheron Wu Chang et un petit lapin blanc. Au fond de la mer de ciel bleu, le cœur solitaire, Chang E doit certainement se repentir d’avoir volé l’élixir.

L'apatride


dimanche 12 octobre 2014

#220


Souvent, le plus souvent la nuit, une fois que le vent tombe, que les chiens n'aboient plus que par dépit, quand installé dans les bas fonds de mon être, je patauge dans ma propre boue, méprisant le moindre bruit de ce monde endormi, souvent, trop souvent oui, j'ouvre une bouteille d'alcool de riz et regarde passer les heures allongé sur le toit d'un immeuble en buvant seul sous la lune. Mon ivresse ne cesse de la fixer droit dans son oeil jusqu'à deviner une ombre grise au sein de sa pupille blanche. Suis-je devant l'échographie d'un foetus attendant de naître depuis la nuit des temps ?


Je sens d'ici son angoisse remuer telle une bête capturée vive se réveillant en sursaut à l'étroit, au coeur d'un ventre froid. Il tremble comme une fièvre plongée dans l'eau bouillante. Si je ferme les yeux un instant et me concentre bien, j'entends redescendre jusqu'à moi son hurlement sans voix portant la terreur d'exister un jour. Son pouls bat désormais contre le mien. Chacune de ses pulsations est un coup que je reçois. Comment pourrais-je résister plus longtemps au passage à tabac d'un cri qui veut sortir de là ? 



Comment ne pas remarquer les impacts, les empreintes de tous les coups qu'il a donné en vain pour percer sa coquille. Par quel face sortira-t-il la tête ? Par quel cratère ? Abul Wáfa ? Bullialdus ? Chang Ngo ? Da Vinci ? Epigenes ? Freud ? Gutenberg ? Hatanaka ? Izsak ? Joliot ? Kant ? Harpalus ? Isabel ? Joy ? Kasper ? Louise ? Mandel'shtam ? Nasireddin ? Osiris ? Paracelsus ? Quetelet ? Romeo ? Schubert ? Thiel ? Ukert ? Volta ? Webb ? Xenophanes ? Yablochkov ? Zeno ?


Je l'imagine sortir par une des lettres de cet alaphabet de cratères et hurler, huler dans le vide de ma pensée enfantée par un simple regard sur la lune.




Aujourd'hui de blanc vêtu sur les cosaques des frontières 

lundi 6 octobre 2014

#219


L'appartement est sombre. La nuit est déjà tombée. Une fois la porte enfin fermée à clef, je m'efforce de purger en silence le bruit venimeux de la journée passée, rongé par le remord de n'avoir rien dit quand il aurait fallu (malgré la certitude d'être mal entendu ou pris pour un fou) hurler par orgueil n'importe quel mot afin de manifester ma colère devant ceux qui font si mal semblant de m'ignorer, ces passants reconnus qui me dévisagent du coin de l'oeil, me méprisent et se moquent de moi du bout des lèvres comme si je n'étais pas un homme comme les autres.

Jamais je n'aurai dû sortir aujourd'hui.

Mes yeux se ferment malgré le bruit de fond de mon existence, cette voix dans ma tête qui cherche par tous les moyens à s'arranger avec ma conscience. Sa mauvaise foi n'est jamais à bout d'imagination pour inventer d'improbables issues de secours aux impasses d'un jour qui a mal tourné. Aussi ridicule soit-elle, je ressens autant d'amitié que de honte à l'égard de cette voix qui sans relâche cherche à me duper pour sauver ce qu'il reste en moi de vivable. 

Minuit. J'écrirais bien quelques phrases pour une bouchée d'air. Mais je n'en ai pas la force. L'indifférence prend peu à peu le pas sur la nécessité d'écrire. Je suis dans ma chambre comme dans ma pensée : emmuré d'angoisse, à l'asphyxie. Je m'effondre habillé sur le lit, impuissant devant l'absence de tout soulagement. Mon corps aujourd'hui ne peut résister plus longtemps. Je tombe de sommeil comme sous les balles de ma propre guerre. L'insomnie de ce dernier mois aura donc fini par me torturer jusqu'à épuisement.. 


Il est grand temps de rêver... d'halluciner un incendie.



Aujourd'hui, Achète-moi la télé (nouvelle version) migre sur Fibrillations