samedi 29 mars 2014

#177



(...) Je parle donc d’autres écritures, de celles qui interrogent en elles-mêmes et pour elles-mêmes la question de leur publicité, la raison de leur publication, ou plus radicalement encore, la forme sous laquelle elles peuvent venir au jour. De celles qui n’anticipent pas, devant la page blanche ou la table occupée, la forme que devra prendre leur texte déjà (quelle longueur, quel format, quelle architecture, quel genre, quel éditeur ?) mais qui plutôt, écritures façonnées dans et par la nuit – celle des cahiers aussi vite refermés qu’ouverts, celle des écrans rallumés aussitôt qu’éteints –, ne font pas de l’aube l’important rituel d’une naissance, d’une noblesse, d’une délivrance, et préfèrent questionner les chances et les risques, les issues et les obstacles, d’une telle exposition. Ce sont des écritures qui, par exemple, multiplient les formes et les niveaux de publication, ne cessent de faire pulluler les demi-jours au lieu du plein soleil écrasant de la publication-livre, à compte d’éditeur, à grand distributeur, moyen du plus intense rayonnement (mais qui s’aveugle sur la clarté des lectures qui s’ensuivent ?). Écritures, aussi, qui modifient les hiérarchies entre les niveaux de visibilité, bousculant le partage apparemment simple (mais comme on l’a vu bien souvent compliqué) entre l’obscurité de la genèse et le grand jour de l’achèvement. Et parmi celles-ci, il y a bien sûr celles dont la continuité segmentée, rompue, ruinée, tient lieu d’une proclamation – lancée pourtant au beau milieu de ces espaces « vierges » que sont le livre et la page –, proclamation qui est celle d’une souveraineté absolue sur les limites du texte produit (« c’est fini quand j’ai dit que c’était fini, je me tais quand je veux, sans respecter aucune convention, ni même aucune grammaire, je coupe quand je n’ai plus rien à dire, quand le fil de mon souffle se rompt, que je meurs écrivant, sans même attendre du point une quelconque extrême-onction, j’inspire, et j’expire, comme je veux). Ce sont ces écrits fragmentaires, ces textes poétiques, pour lesquels la blancheur de la page est une incandescence, et les lettres, des cendres qu’on étale, témoignages d’un feu qui va s’éteindre bientôt, ou d’un incendie qui s’est déjà déclaré. Il n’y a plus de nuit dans ces écritures flamboyantes que celle du sens devenu irrespirable, essoufflé, clarté partie en fumée. (...)


Grégory Hosteins (écritures clandestines, lire l'intégralité du texte chez lui)



jeudi 27 mars 2014

#176





Le chef ramassa le livre gisant dans le sang avant de l'essuyer. Seul, sans témoin aucun, lui non plus ne put s'empêcher de l'ouvrir non sans une certaine crainte. Il fut surpris de n'y trouver qu'une succession de pages blanches. Mais en prêtant attentivement l'oreille à cette blancheur suspecte, il crut entendre un appel à écrire venu du livre vide comme un théâtre en plein coeur de la nuit attendant sur ses planches le pas et la voix du personnage qu'il était devenu bien malgré lui, personnage d'une étrange tragédie, celle d'un chef ordonnant à son fils de s'éventrer pour quelques pages blanches, fils qui au moment même où il posa ses yeux sur ce livre n'était plus son fils mais une âme de plus tombée dans le piège de monsieur M..

Soudain, le chef se mit à crier sur le livre comme un mécréant s'adressant avec mépris à l'absence incertaine de Dieu : «— Monsieur M., sachez que vous n'atteindrez jamais ma conscience ! J'en reste le maître et vos tours de sorcellerie n'y feront rien ! Vous entendez ? Rien du tout ! Au fond il suffit de ne pas croire à votre pouvoir pour que vous n'en ayez aucun ! Vous n'êtes que quelques vulgaires feuilles de papier que je m'engage devant Dieu à brûler dès aujourd'hui afin de libérer l'âme de mon fils et de tous ceux ayant un jour eu le malheur de poser les yeux sur vous !»

Et puis le livre lui tomba des mains lorsqu'il vit les pages blanches se noircir de ses propres pensées sous ses yeux saisis de voir apparaitre des phrases qu'il aurait pu lui même prononcer s'il avait parlé... mais il n'avait encore rien dit. Il était seul. Il se taisait... et le livre faisait sienne la parole du silence qui lui échappait.

Après avoir fait quelques pas en arrière devant le livre tombé ouvert sur le sol, il dit épouvanté :


«— Monsieur M., seriez-vous à mon image ?»




lundi 24 mars 2014

#175



je crève
je crève

parlez moi

si vous trouviez
les mots dont j'ai besoin
vous me délivreriez
de ce qui m'étouffe

Charles Juliet (Lambeaux)

mercredi 19 mars 2014

#174 bis



...et ils ne firent que de l'Un, cet Un d'un linceul... l'Un seul de la solitude sans écho aucun à chacun.


L'apatride



mardi 18 mars 2014

#174



Le livre serait-il aussi un personnage?  Celui qui écrit et ce qu'il produit se fondent l'un dans l'autre au point que ce qui est écrit devient lui même un véritable personnage... mais au fait qu'est ce qu'un livre? Un livre appartient-il à celui qui l'écrit?
Peut être pas... l'écriture serait-elle comme une véritable "exécution" de celui qui écrit? L'oeuvre non seulement échappe à celui qui la crée... mais en serait-elle son testament? En tout cas contrairement à ce qui peut se dire, écrire n'est pas une position confortable...

Écrire, est-ce écrire un testament?... son testament... mais pour qui? Léguer mais léguer quoi donc et à quelle adresse? 
Peut-être comme cela se dit dans la marine... écrire c'est jeter une bouteille de mots à la mer. Bonne terre bon vent... à tous les mots... souvent sans domicile ni patrie.
Voilà.

Selon le Larousse illustré, le mot "testament" signifie: 
-acte juridique par lequel une personne déclare ses dernières volontés et dispose de ses biens pour le temps qui suivra sa mort. 
-message ultime qu'un écrivain, un homme politique, un savant, un artiste, dans une œuvre, tient à transmettre à la postérité.

Oui, l'acte "d'écrire" comporterait quelque-chose d'ultime, de dernier vœu de la part de celui qui écrit... Il faudrait dire toujours plutôt..."s'écrire"...
S'écrire non pas pour un "écoutez-moi!" mais pour quelque-chose relevant de l'ordre d'un irrémédiable... "ne pas avoir à revenir dessus" quelque soit ce qu'on a entendu, ou lu...

C'est probablement cela.
Certainement oui.

Il me semble que le mot latin "testamentum" a pour racine testamen "témoignage"... ainsi si Paul Celan le soulève... "nul ne témoignerait pour le témoin"... l'écriture des nuits échouées remet peut-être en cause ce fait par son acte d'écrire avec Mr M. 
L'acte d'écrire témoigne pour lui même... Anh Mat serait-il le témoin de Mr M et Mr M le témoin de Anh Mat... seuls et même personnages de ce théâtre de l'Un? 


L'apatride






vendredi 14 mars 2014

#173



«— Alors, l'avez-vous enfin trouvé ?

— Veuillez me croire chef. Nous avons forcé toutes les portes de cette prison; nous avons défoncé l'intégralité des murs à coups de hache supposant qu'il s'était peut-être emmuré; n'ayant rien trouvé, nous avons ensuite traversé les miroirs de chaque cellule et chercher dans les moindres recoins de chaque reflet; nous sommes même allés jusqu'à plonger les yeux ouverts dans les eaux-vannes de la fosse septique au cas où ce diable y soit caché; nous avons fini par creuser à des profondeurs inouïes la terre de la petite cour d'un probable ancien cimetière pensant qu'il s'était lui-même enterré vivant... Mais ces recherches furent toutes aussi vaines les unes que les autres. J'avoue ne rien y comprendre. Il est pourtant impossible qu'il se soit échappé...

— Bien... Mais qu'avez-vous dans la main ?

— Un livre portant son nom que j'ai ramassé au beau milieu d'une bibliothèque vide. J'ai pensé que ça pourrait peut-être vous intéresser...

Le chef saisit le livre. Après avoir longuement inspecté sa couverture du regard et des mains, il esquissa un sourire malin et demanda à son bras droit :

— Dîtes-moi, est-ce que quelqu'un a ouvert ce livre ?

— Non chef.

— Vous en êtes certain ?

— Je peux vous le jurer. Je l'ai trouvé moi-même fermé et vous l'ai aussitôt apporté.

— Vous avez bien fait. Ouvrir ce livre est à présent interdit vous entendez ? Si quelqu'un posait les yeux sur une de ces pages, ce sorcier pourrait s'échapper voire prendre possession de l'âme et du corps de son lecteur...

— Vous voulez dire que...

— Oui. Je suis certain qu'il se cache dans ces pages. Ce livre, c'est lui, pas de doute. Le papier pue sa présence. Demain, au petit matin, nous le brûlerons sur la place publique, aux yeux de tous, comme prévu. Et monsieur M. n'aura jamais existé.
Par prudence, je le garderai avec moi cette nuit. Il serait effroyable qu'il tombe dans de mauvaises mains...» 

Sur ces mots, le chef se retira avec le livre sous le bras. Sur le chemin du retour, son jeune fils qui avait écouté la conversation demanda innocemment :

«— Père, c'est quoi un livre ?

Le chef regarda son fils stupéfait. La colère montait en lui. Il lui répondit d'un ton meurtrier, la main sur le manche de son sabre:

— Si tu prononces à nouveau ce mot, je te coupe moi-même la langue... C'est compris ?!»

L'enfant ne dit plus un mot du trajet. Le chef continua son chemin le livre dans une main et son fils dans l'autre. Mais l'enfant malgré la menace ne pouvait détourner son regard du livre. Sa curiosité était bien plus puissante que la peur de perdre la langue. 
Une fois chez eux, le chef posa le livre sur son bureau puis ordonna à l'enfant d'aller immédiatement se coucher. L'enfant s'exécuta. Comme tous les soirs, le chef ne cessait d'aller et venir dans la chambre de son fils et se penchait sur son visage pour s'assurer que ses yeux restent fermés jusqu'à ce qu'il s'endorme... Comme à son habitude, l'enfant a simulé le sommeil avant d'attendre impatiemment que son père quitte la chambre. L'enfant est ensuite resté éveillé dans son lit deux longues heures, incapable de trouver le sommeil, attendant d'entendre enfin derrière la porte de la chambre de son père les premiers ronflements. Puis il se leva discrètement et se dirigea à pas d'oiseau dans le bureau pour se saisir du livre tant convoité, à la fois craintif et frénétique à l'idée de l'ouvrir enfin.

Une fois ouvert, il entendit aussitôt la voix de monsieur M. s'adressant directement à lui :

«— Tu n'arrives pas à dormir ?

— Non... Qui es-tu ?

— Je suis monsieur M..

— C'est toi qu'ils cherchent partout n'est-ce pas ?

— Oui. C'est moi.

— Pourquoi te cherchent-ils ?

— Parce-qu'ils veulent ma mort.

— Pourquoi ?

— Pour m'empêcher d'écrire ce livre.

— C'est quoi un livre ?

—...

—...

— C'est peut-être un silence qui entend des voix...

— Je ne comprends pas.

—  Tu ne te rends peut-être pas compte mais tu comprends déjà... Écoute. Là. En cet 
instant même, tu m'entends n'est-ce pas ?

— Oui...

— Et tu me réponds quand je m'adresse à toi...

— Oui...

— Pourtant, tu n'as pas dit un mot à haute voix. Tu n'as fait qu'ouvrir ce livre, tu t'es penché sur une de ces pages et voilà que nous sommes déjà  en train de discuter en silence... C'est peut-être ça un livre...

— Mais qui t'a enfermé ici ? Tu n'es pas triste, tout seul, dans ton livre ?

— Je me suis enfermé ici de mon propre gré afin d'avoir un espace où le temps est suspendu, un refuge à l'abri du monde et de son bruit, un lieu vide où le droit de se taire est sacré, où le silence absurde d'un homme n'est pas méprisé, où au contraire, ce silence suffit pour entrevoir dans  le soupir d'une phrase murmurée le souffle d'une vérité, d'une version de la vérité libérée de la parole qui ne fait que la fausser... Peut-être que tu ne comprendras pas ce que je suis en train d'évoquer ici et je t'avoue que moi-même ne suis pas certain de comprendre. Après tout, c'est peut-être plus simple... Oui, peut-être que je me suis enfermé ici juste pour te rencontrer...

— Me rencontrer moi ? Pourquoi moi ?

— Parce-que tu sembles bien seul. Et puis parce-que sans toi, je n'existe pas...»

Soudain, l'enfant a quitté le livre des yeux redoutant la présence de quelqu'un derrière lui. En tournant très lentement la tête, la peur au ventre, l'enfant découvrit son père. Depuis combien de temps était-il ici? Il l'ignorait. Le père regardait rougir son enfant pris en faute avec une extrême gravité. L'enfant n'osait plus faire le moindre geste. Le père aussi restait figé debout devant lui, pâle et nauséeux sur le radeau de son regard médusé, les yeux fixés sur ceux honteux et apeurés de son fils. 

De longues minutes sont passées ainsi durant lesquelles le regard du père se métamorphosa. Il ne regardait plus le visage de son fils mais celui d'un ennemi juré. Et puis d'un coup de sang, comme s'il venait là de prendre seul une décision que même le silence redoutait, il sortit son sabre de son étui et dans un bruit de lame, il le tendit à son fils.

Une fois le sabre dans les mains de l'enfant, la voix du père avait disparu pour laisser place à celle du chef qui lui lança froidement au visage:


«—  Repens-toi traître... et laisse enfin le monde te lire à ventre ouvert.»



samedi 8 mars 2014

#172



À peine ai-je avoué mon identité que mon reflet disparait... ou bien est-ce mon propre corps ? 
J'ai bien tenté d'invoquer à nouveau la voix de monsieur M. mais elle est ce soir comme étouffée par le bruit d'un monde auquel je n'appartiens plus, grondement d'une foule remontant à ma meurtrière comme une menace m'étant directement adressée.

D'ici, je ne vois pas le sol, rien que le ciel. J'y cherche le reflet de ce bas monde. Et il me suffit d'écouter, les yeux fixés sur l'orage s'apprêtant pour y deviner un bon millier d'hommes marchant d'un seul pas, le poing levé vers la silhouette gesticulante d'un chef contemplant longuement cette foule en liesse avant de prononcer un discours effrayant :

«— Écoutez! Une heure solennelle dans notre histoire est sur le point de sonner ! Nous sommes aujourd'hui rassemblés par milliers comme un seul et même cœur, une seule et même volonté, une seule et même colère afin d'en finir pour de bon avec cet écrivain de fiction dont vous connaissez tous le nom ! Nous ne sommes pas dupes ! Cette soi disante prison n'est rien d'autre qu'un refuge pour la démence de ce dissident en mal de Dieu écrivant des histoires aux relents sataniques en toute impunité ! 
Il y a quelques mois, nous croyions nous en être débarrassés mais il faut croire qu'une balle dans la tête n'est pas suffisante pour abattre un esprit aussi malsain ! 
Ne nous y trompons pas ! Il faut en finir tant qu'il en est encore temps ! Plus nous tolérons sa présence, plus nous courrons le risque qu'il nous manipule à nouveau comme de vulgaires créatures à la merci de leur créateur ! Allons donc dès maintenant conquérir l'espace du silence de ce fictiomane qui devant sa feuille blanche n'a cessé de pervertir la réalité de nos paroles et de nos mots ! Jusqu'à nous faire douter de notre nature, de notre identité, de notre existence même !
Ne subissons plus ce ramassis de mensonges ! Ce n'est pas de l'encre noire qui coule dans nos veines, mais bien du sang ! Oui, nous le hurlons fièrement ! Nous sommes des hommes de chair  et d'os et non des personnages de roman ! Nous sommes ce soir plus d'un millier, oui, nous sommes une armée et notre soif de vérité est parfaite, absolue, inaltérable. Il n’y a que des cerveaux ramollis, lâches et sans courage pour nous contester le droit de le tuer ! 
Que le cri de notre vengeance ferme et irréductible crève le ciel comme un coup de foudre ! Que cette lumière éclaire son visage de charlatan ! Écoutez ! Écoutez donc ! C'est notre parole humaine qui remplit le silence de la fiction pour l'asphyxier ! L'asphyxier d'humanité ! De raison !  De vérité ! Il est temps ! Temps d'aller débusquer ce traitre du genre humain ! Qu'il n'en reste rien ! Pas une main ! Pas une phrase ! Pas une lettre ! Pas un point ! 
Au feu monsieur M. ! Au feu ! »

Le délire de la foule fait trembler les murs. Les miroirs qui m'entourent se fissurent. Pétrifié, je ne cesse de tourner en rond dans ma cellule, mon livre à la main, sans savoir par où m'échapper. Eux sont déjà en train d'enfoncer la porte de la prison. Elle ne tiendra pas bien longtemps. Sanglotant dans les couloirs à la recherche d'une porte à ouvrir, je cours me réfugier dans la bibliothèque vide. Je m'y précipite avant de refermer la porte derrière moi. J'entends déjà dans les couloirs l'écho de leurs pas et l'hilarité des menaces de mort qu'ils ne cessent de me hurler :  M. ! On va te brûler tu entends ? Toi et tes histoires de sorcier ! On va te brûler comme du papier ! Tu entends M. ? Ce soir, on ne va pas te rater ! 

Ma peur ne peut se retenir de prier les mains sur les barreaux des fenêtres, elles aussi sans issue. Les voilà, ils arrivent, ils sont devant la porte. Ils vont la défoncer à coups de pied. Je suis fait comme un rat... de bibliothèque.
Au moment même où ils sont entrés, d'instinct j'ai ouvert mon livre... et j'y ai plongé comme on se défenestre d'un immeuble en flamme, dans l'espoir d'avoir encore une chance, même infime, de survivre.







samedi 1 mars 2014

#171


Monsieur M. prit ma parole pour ne plus la laisser s'échapper :


— Vous êtes votre propre gardien, votre propre crime, votre propre juge, votre propre bourreau, votre propre martyr, votre propre prison, votre propre autodafé... Vous êtes tout de ce livre, tout, sauf celui qui l'écrit. Vous ne faites qu'écrire que vous l'écrivez. Mais la vérité est que vous n'écrivez rien. C'est moi qui ai le crayon en main. Personne d'autre que moi. 

— ...

— Vous qui m'appréhendez comme une énigme, je suis bien plus lisible que vous ne le pensez, d'une transparence qui devrez vous faire honte, vous qui êtes si pudique, pudeur qui n'est qu'un prétexte pour vous vautrer dans votre lâcheté. Aujourd'hui, il est temps de démasquer les miroirs que vous ne cessez de faire mentir.

— ...

— Regardez ! Ne baissez pas les yeux ! Au contraire ! Il est temps de lutter contre votre regard qui n'est rien d'autre que le mien. Regardez bien ! Je vous ressemble parfaitement, au delà du visage, des traits, ne reconnaissez-vous pas dans le reflet que j'incarne votre propre pensée, celle du silence qui vous habite, qui vous retient, qui ne cesse de vous faire taire vous qui avait tant besoin de hurler ?

— ...

— Voilà. C'est bien. Ouvrez les yeux. Même un peu. Regardez. C'est votre visage de vieil enfant qui se détourne du mien. À vous voir ainsi, on aurait presque envie de vous consoler. Mais l'âge de votre visage peut bien mentir au monde entier, sachez que je ne suis pas dupe, que je vois clairement derrière cette apparente innocence le sang que vous portez sur vos mains, ce sang noir coulant entre les lignes d'une vie d'encre et de fiction, fiction qui ne cesse de dévoiler votre véritable identité. Alors regardez-vous ! Regardez-vous comme je vous vois et dîtes enfin à haute voix qui vous êtes ! »

C'est en ravalant la vérité de mes larmes que j'ai fini par avouer :


« — Je suis monsieur M...»