dimanche 29 septembre 2013

#105



1 heure 48, monsieur M. aperçoit la mer derrière la lueur d'un lampadaire.

En cette nuit de mi-septembre, septembre d'un été qui ne veut pas finir, il entend gronder les filets de sa bave déferlant incessamment vers le rivage obscur.
Paroles de vagues à traduire pour soi, seulement pour soi, entre deux bouffées d'ennui barbare.

En cette nuit de cendres et de sable, la mer n'est plus que du noir dans du noir.

Soudain, il voit au loin un homme cherchant quelque-chose sur la plage, une lampe torche à la main. Ses pas sont agités. Ce qu'il semble avoir égaré ne peut qu'être important pour persévérer des heures durant sa recherche dans le noir le plus nu.

Dans ses déambulations anxieuses, l'homme se rapproche du lampadaire et à mesure que la lumière dévoile son visage, monsieur M remarque que cet homme porte un cache-œil...

Serait-ce le Cosaque des Frontières ?

Peut-être... oui... ça ne peut qu'être lui se promenant ainsi, dans l'insomnie de monsieur M., comme un marchand de sable à la recherche d'un œil à fermer, d'une histoire à raconter...

...en attendant le sommeil devant la mer.



J'écris : à Jan Doets







dimanche 22 septembre 2013

#103



je suis la bave d'une bête dans la tête d'un homme sans voix

la nuit me bat
l'incessant combat contre l'ombre des heures 
m'épuise

je m'apprête à perdre ma propre guerre

vaincu
soumis à faire le beau
je tombe à genoux
ma dignité remuant la queue

au soir je rends les armes
dents serrées comme un poing déchirant ma mâchoire
ongles rongées d'angoisse jusqu'au sang
le regard vide fixant ma défaite
à travers les barreaux de ma cage

aucune rage ne m'arrachera à ces crachats
ces doigts hilares pointant la risée que je suis devenue
détenu bon à renifler le cul d'un chien
tel un trou dans la terre 
où froidement quémander
d'un couinement humiliant
le répit et la pitié
dont chaque seconde est dénuée








lundi 16 septembre 2013

#102 bis



et il entendit de lui même 
ce qu'il a toujours entendu 
et qu'il ne voulait jamais 

entendre...

c'est le moment et l'heure 
où ainsi tout chacun sans bagage
a donc à partir... seul enfin

que le mot devient un acte


L'apatride 







#102




...souvent ou parfois
il est parti... parti
sans se retourner
là où
les histoires s'effacent
là où
les mots ne sont que de dos
là où les mots n'ont pas de voix

de même l'oubli
de même la mort
comme un nom devenu un prénom
tout ça quoi... apatride c'est ça
peut-être somme toute
n'est ce pas?

"...regarde comme je t'oublie regarde moi...
Hi-ro-shi-ma
c'est ton nom."

un nom commun... à tous... à oublier
oui simplement tout simplement


L'apatride

(écho aux cosaques des frontières)


jeudi 12 septembre 2013

#101



Chaque nuit, vers trois heures d'un matin blême, le désir d'une confidence vient réveiller monsieur M.. Mais il ne sait quoi confier, l'oubli ayant presque tout emporté, le récit de l’événement, les dates, les noms, les mots pour le raconter.

Seule l'angoisse a survécu. Elle a mûri puis pourri en lui comme un fruit abandonné au bord d'une table. Entièrement à sa merci, il a depuis longtemps renoncé à l'idée même de lutter. Elle règne sur lui corps et âmes. Le lâche se laisse marcher dessus, tête basse, regard fixé sur ses pieds, submergé de honte et de bave, fesses nues, à genoux, plié en deux comme une lettre adressée à son orgueil blessé...

Monsieur M. aimerait tant cracher le sel du pitoyable sanglot enfoncé dans sa gorge, hurler ce qui dans son ventre est aussi vivant qu'une trahison, lui dont la voix reste cloîtrée au fond de son lit chaque nuit que l'absence de Dieu fait. Mais jamais il ne trouve en lui le souffle suffisant pour gémir d'effroi, ne sachant de quel mal il est habité.

De ce souvenir inconnu reste tout de même une cicatrice lui évoquant vaguement un vieux couteau sous la gorge de l'enfant qu'il était.

J'écris : la mémoire de la peau



lundi 9 septembre 2013

#100




Nous deux encore


Air du feu, tu n’as pas su jouer.
Tu as jeté sur ma maison une toile noire. Qu’est-ce que cet opaque partout ? C’est l’opaque qui a bouché mon ciel.Qu’est-ce que ce silence partout ? C’est le silence qui a fait taire mon chant.

L’espoir, il m’eût suffi d’un ruisselet. Mais tu as tout pris. Le son qui vibre m’a été retiré.
Tu n’as pas su jouer. Tu as attrapé les cordes. Mais tu n’as pas su jouer. Tu as tout bousillé tout de suite. Tu as cassé le violon. Tu as jeté une flamme sur la peau de soie.
Pour faire un affreux marais de sang.

Son bonheur riait dans son âme. Mais c’était tout tromperie. Ça n’a pas fait long rire.

Elle était dans un train roulant vers la mer. Elle était dans une fusée filant sur le roc. Elle s’élançait quoiqu’immobile vers le serpent de feu qui allait la consumer. Et fut là tout à coup, saisissant la confiante, tandis qu’elle peignait sa chevelure, contemplant sa félicité dans la glace.
Et lorsqu’elle vit monter cette flamme sur elle, oh…
Dans l’instant la coupe lui a été arrachée. Ses mains n’ont plus rien tenu. Elle a vu qu’on la serrait dans un coin. Elle s’est arrêtée là-dessus comme sur un énorme sujet de méditation à résoudre avant tout. Deux secondes plus tard, deux secondes trop tard, elle fuyait vers la fenêtre, appelant au secours.
Toute la flamme alors l’a entourée.

Elle se retrouve dans un lit, dont la souffrance monte jusqu’au ciel, jusqu’au ciel, sans rencontrer de dieu… dont la souffrance descend jusqu’au fond de l’enfer, jusqu’au fond de l’enfer sans rencontrer de démon.
L’hôpital dort. La brûlure éveille. Son corps, comme un parc abandonné..

Défenestrée d’elle-même, elle cherche comment rentrer. Le vide où elle godille ne répond pas à ses mouvements.
Lentement, dans la grange, son blé brûle.
Aveugle, à travers le long barrage de souffrance, un mois durant, elle remonte le fleuve de vie, nage atroce.
Patiente, dans l’innommable boursouflé elle retrace ses formes élégantes, elle tisse à nouveau la chemise de sa peau fine. La guérison est là. Demain tombe le dernier pansement. Demain…
Air du sang, tu n’as pas su jouer. Toi non plus, tu n’as pas su. Tu as jeté subitement, stupidement, ton sot petit caillot obstructeur en travers d’une nouvelle aurore.
Dans l’instant elle n’a plus trouvé de place. Il a bien fallu se tourner vers la Mort.
A peine si elle a aperçu la route. Une seconde ouvrit l’abîme. La suivante l’y précipitait.
On est resté hébété de ce côté-ci. On n’a pas eu le temps de dire au revoir. On n’a pas eu le temps d’une promesse.
Elle avait disparu du film de cette terre.
Lou
Lou
Lou, dans le rétroviseur d’un bref instant
Lou, ne me vois-tu pas ?
Lou, le destin d’être ensemble à jamais
dans quoi tu avais tellement foi
Eh bien ?
Tu ne vas pas être comme les autres qui jamais plus ne font signe, englouties dans le silence.
Non, il ne doit pas te suffire à toi d’une mort pour t’enlever ton amour.
Dans la pompe horrible
qui t’espace jusqu’à je ne sais quelle millième dilution
tu cherches encore, tu nous cherches place
Mais j’ai peur
On n’a pas pris assez de précautions
On aurait dû être plus renseigné,
Quelqu’un m’écrit que c’est toi, martyre, qui va veiller sur moi à présent.
Oh ! J’en doute.
Quand je touche ton fluide si délicat
demeuré dans ta chambre et tes objets familiers que je presse dans mes mains
ce fluide ténu qu’il fallait toujours protéger
Oh j’en doute, j’en doute et j’ai peur pour toi,
Impétueuse et fragile, offerte aux catastrophes
Cependant, je vais à des bureaux, à la recherche de certificats gaspillant des moments précieux qu’il faudrait utiliser plutôt entre nous précipitamment tandis que tu grelottes
attendant en ta merveilleuse confiance que je vienne t’aider à te tirer de là, pensant « A coup sûr, il viendra
« il a pu être empêché, mais il ne saurait tarder
« il viendra, je le connais
« il ne va pas me laisser seule
« ce n’est pas possible
« il ne vas pas laisser seule, sa pauvre Lou…
Je ne connaissais pas ma vie. Ma vie passait à travers toi. Ça devenait simple, cette grande affaire compliquée. Ça devenait simple, malgré le souci.
Ta faiblesse, j’étais raffermi lorsqu’elle s’appuyait sur moi.
Dis, est-ce qu’on ne se rencontrera vraiment plus jamais ?
Lou, je parle une langue morte, maintenant que je ne te parle plus. Tes grands efforts de liane en moi, tu vois ont abouti. Tu le vois au moins ? Il est vrai, jamais tu ne doutas, toi. Il fallait un aveugle comme moi, il lui fallait du temps, lui, il fallait ta longue maladie, ta beauté, resurgissant de la maigreur et des fièvres, il fallait cette lumière en toi, cette foi, pour percer enfin le mur de la marotte de son autonomie.
Tard j’ai vu. Tard j’ai su. Tard, j’ai appris « ensemble » qui ne semblait pas être dans ma destinée. Mais non trop tard.
Les années ont été pour nous, pas contre nous.
Nos ombres ont respiré ensemble. Sous nous les eaux du fleuve des événements coulaient presque avec silence.
Nos ombres respiraient ensemble et tout en était recouvert.

J’ai eu froid à ton froid. J’ai bu des gorgées de ta peine.
Nous nous perdions dans le lac de nos échanges.
Riche d’un amour immérité, riche qui s’ignorait avec l’inconscience des possédants, j’ai perdu d’être aimé. Ma fortune a fondu en un jour.
Aride, ma vie reprend. Mais je ne me reviens pas. Mon corps demeure en ton corps délicieux et des antennes plumeuses en ma poitrine me font souffrir du vent du retrait. Celle qui n’est plus, prend, et son absence dévoratrice me mange et m’envahit.
J’en suis à regretter les jours de ta souffrance atroce sur le lit d’hôpital, quand j’arrivais par les corridors nauséabonds, traversés de gémissements vers la momie épaisse de ton corps emmailloté et que j’entendais tout à coup émerger comme le « la » de notre alliance, ta voix, douce, musicale, contrôlée, résistant avec fierté à la laideur du désespoir, quand à ton tour tu entendais mon pas, et que tu murmurais, délivrée « Ah tu es là ».
Je posais ma main sur ton genou, par-dessus la couverture souillée et tout alors disparaissait, la puanteur, l’horrible indécence du corps traité comme une barrique ou comme un égout, par des étrangers affairés et soucieux, tout glissait en arrière, laissant nos deux fluides, à travers les pansements, se retrouver, se joindre, se mêler dans un étourdissement du cœur, au comble du malheur, au comble de la douceur.
Les infirmières, l’interne souriaient ; tes yeux pleins de foi éteignaient ceux des autres.
Celui qui est seul, se tourne le soir vers le mur, pour te parler. Il sait ce qui t’animait. Il vient partager la journée. Il a observé avec tes yeux. Il a entendu avec tes oreilles.
Toujours il a des choses pour toi.
Ne me répondras-tu pas un jour ?
Mais peut-être ta personne est devenue comme un air de temps de neige, qui entre par la fenêtre, qu’on referme, pris de frissons ou d’un malaise avant-coureur de drame, comme il m’est arrivé il y a quelques semaines. Le froid s’appliqua soudain sur mes épaules je me couvris précipitamment et me détournai quand c’était toi peut-être et la plus chaude que tu pouvais te rendre, espérant être bien accueillie ; toi, si lucide, tu ne pouvais plus t’exprimer autrement. Qui sait si en ce moment même, tu n’attends pas, anxieuse, que je comprenne enfin, et que je vienne, loin de la vie où tu n’es plus, me joindre à toi, pauvrement, pauvrement certes, sans moyens mais nous deux encore, nous deux…"



Henri Michaux (1899-1984)


vendredi 6 septembre 2013

Le train





Le train avançait lentement, secouant sa carcasse lourde sur les longs rails rouillés sinuant vers les montagnes. Dernière le défilement des champs s’élevait peu à peu la peau rocheuse et vallonnée de la terre, tirant par à-coups la dentelle mordante de ses monts et de ses pics vers un soleil lisse et rayonnant. Épuisé, l’été annonçait sa fin mais s’accrochait encore au bleu dense et immense du ciel, distillant en son souffle faiblissant les dernières braises entêtées d’une agréable chaleur.
Elle avait choisi un des wagons à ciel ouvert afin de ne rien rater du spectacle, espérant peut-être stimuler sa mémoire au fil de ce paysage qu’elle avait sillonné de si nombreuses fois étant enfant. Même si le trajet précis, la succession des petites gares, des ponts et des tunnels s’était estompé de sa mémoire, persistaient de brèves émotions profondément ancrées dans son cerveau reptilien, émotions que les préoccupations quotidiennes et les dures réalités de la vie n’avaient pu effacer. Émotions qu’un simple et insignifiant détail parvenait parfois à raviver.

Morsure du froid s’accentuant avec l’altitude, main chaude de son père dans la sienne, éblouissement d’un soleil vif jouant avec la cime des sapins.

Finalement, assise au fond de son siège, visage tourné vers l’extérieur, menton posé sur ses avant-bras, elle réalisait qu’elle avait peu oublié, s’était simplement détournée, son attention attirée ailleurs, ailleurs où de stupides préoccupations l’avait maintenu trop loin d’ici. Le chemin qu’elle s’apprêtait à parcourir semblait reconnaître ses pas, s’ouvrir et l’accueillir comme une amie précieuse partie depuis trop longtemps. Les villages aux noms familiers défilaient lentement, et dans la lente danse des gares abandonnées et des maisons délabrées, elle reconnaissait chaque coin, chaque lieu. Murs mangés par les ronces gorgées de fruits sauvages, et autres plantes grimpantes, tapis mousseux s’étendant langoureusement dans les fissures et les coins ombragés. Au loin, les montagnes vertes et siennes fondaient leurs couleurs dans le blanc implacable de l’astre solaire appelant, impérieux, clarté et chaleur.

Aux gré des arrêts, quelques personnes montaient ou descendaient, chargées de sac à dos ou simplement badauds. Elle observait, profondément heureuse. Confiante.



Père lui donnait la main et elle le suivait, respectant scrupuleusement son silence. Tenant de toute la force de ses petits doigts cette paume qui la guidait vers le quai, elle marchait à pas pressés dans le hall de la gare. Habituée au calme de leur modeste demeure perdue entre champs et pâturages, elle savourait avec exaltation ces quelques minutes d’agitation ambiante. Autour, le monde semblait danser sur une musique entraînante et cadencée, les silhouettes se croisaient, se frôlaient, s’emmêlaient comiquement sous le jeu des ombres chinoises crées par la clarté du quai. Elle n’en perdait pas une miette, s’amusant du moindre détail, s’abreuvant de chaque nouveauté, cherchant à reconnaître les personnes qu’elle avait pris l’habitude de croiser. Elle s’inventait des conversations qu’elle n’entamerait jamais (puisqu’il était interdit de parler), avec le guichetier cachant de grands yeux globuleux derrières ses grosses lunettes. Ou la marchande ambulante de fleurs au coin de la rue et ses belles dents blanches trop écartées. Ou encore le vendeur de journaux à la criée.
Père accélérait le pas, ainsi le suivait-elle avec peine, ses talons claquant sec contre le quai, ses cheveux chatouillant avec insistance ses narines sans qu’elle ait le temps de les caler derrière son oreille. Elle courait encore lorsqu’il la souleva jusqu’à la première marche du train, et elle s’empressa d’avaler les suivantes, car le départ était imminent. Son père marchant tranquillement derrière elle, elle cavala entre les rangées de sièges, s’installant côté fenêtre à l’arrière de la voiture qu’ils avaient pris l’habitude d’emprunter.

Elle avait compris que la vie avançait par vagues, implacables, incontournables, et que certaines vagues se fondent alors que d’autres s’évitent inexorablement. Elle avait compris que malgré tous ses efforts il n’était pas toujours possible d’aller vers là où on le souhaitait. Et que parfois, sans savoir comment, on se trouvait exactement sur le lieu que l’on croyait inaccessible. Elle avait appris à ne pas s’entêter.
Elle savait qu’il fallait faire confiance. Sereinement.

Alors qu’une brise légère s’amusait de son chignon mal fait, elle ferma les yeux, s’abandonnant au roulis mécanique de la rame, aux faibles conversations qui se perdaient en effluves douces et distendues jusqu’à ses oreilles réceptives. Elle ferma les yeux, ouvrant ses autres sens au monde foisonnant qui l’entourait. Le train franchissait un des vastes ponts enjambant les montagnes et l’air l’enveloppa toute entière, posant sur sa peau dorée les doigts légers d’un vide vertigineux. Elle croyait voler, entendait en contrebas l’eau fraîche cascader joyeusement sur les courbes polies des roches noires et des galets mousseux.
Elle croyait voler et il lui semblait entendre les battements délicats de pas familiers s’approchant d’elle.
Elle fermait les yeux, plissant plus encore ses paupières alors qu’une main se posa sur la sienne, enserrant ses doigts avec chaleur.
Elle fermait les yeux et sans un mot, posa sa joue humide sur l’épaule de l’homme assis à son côté.

Louise Imagine




Pour ma seconde participation aux vases communicants, je suis très heureux d'accueillir Louise Imagine (@louise_imagine sur twitter) que j'ai découvert par l'ouvrage L'instant T. Son travail (sur son site et autres) m'a beaucoup inspiré pour mon propre blog. Auparavant, jamais je n'aurai pensé utiliser la photographie pour illustrer un de mes textes, je trouvais cela vain, pensant qu'un texte n'avait pas a être illustré, que le texte devait se suffire à lui-même...Et puis en découvrant le travail de Louise, j'ai mieux compris ce que l'association des deux disciplines pouvait amener (en particulier sur le net). Je la remercie donc de m'avoir ouvert l'esprit vers d'autres chemins de création 


(mon texte chez elle ici)

La liste complète des participants aux échanges est établie par Brigitte Célérier. (grand merci!)

François Bon Tiers Livre et Jérôme Denis Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants: Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. 

mercredi 4 septembre 2013

#99




Derrière la grâce de son air saisi par le ciel, sa barbarie peut surgir à tout instant, d'un coup de sang dans la voix, fin prête à se venger des mots qui lui manquent en hurlant seule dans la nuit comme un chien à la mort...

Peut-être que ces cris sont en elle depuis toujours, des cris d'avant la parole, cris d'une heure d'un matin où la belle naquit derrière un arbre mort à même la boue du monde sous des trombes de pluie torrentielle. Dès sa première minute, elle fut jetée dans la solitude de la forêt. La voix sombre des arbres fouettés par le vent allait devenir une angoissante berceuse, chanson cauchemardesque des sommeils à venir.

Encore aujourd'hui, chacun de ses rêves n'est que pur sauvagerie. Somnambule elle erre affamée dans le quartier comme dans une forêt à la recherche de sa proie. Une fois repue, elle se réveille non sans stupeur au beau milieu d'une route comme une autre, sous les yeux des automobilistes effrayés la regardant comme ce qu'elle n'est plus : une bête en robe blanche.


J'écris: les nocturnes de madame T.