samedi 29 juin 2013

#74



Croire en monsieur M. plus qu'en ma propre présence, est-ce possible?


J'écris: l'absence de Mathias


jeudi 27 juin 2013

#73


Bouffée d'écriture trempée dans la colère de monsieur M. après avoir vu et entendu à la télévision ceci (au mot près):

«Et quand il pète il troue son slip, et quand il pète il troue son slip ! Allez ! Tout le monde saute, tout le monde danse ! Et quand il pète il troue son slip ! Allez ! Ah Ah !»

Voilà ce que j'entends, ce que je vois à la télé à l'occasion de ce qu'ils appellent la Fête de la musique ! Décidément, je hais les fêtes. TV5 monde ! Live and direct ! Eux ! Les meilleurs amis de la francophonie !

Chez moi il n'y a plus que cette chaîne de français, rien d'autre, même moi je n'appartiens plus à cette patrie. APATRIDE je vous dis ! A-PA-TRI-DE ! Ni de France, ni d'ailleurs ! Pas l'ombre d'un beret! Pas de chapeau conique non plus! Pas de publicité pour le thé de Chine ou le riz parfumé ! Non, pas ici ! Hors d'ici l'exotisme!

Je m'en vais monter sur la scène et définitivement les supprimer, les liquider froidement. Ils sont 150 000, ça va prendre du temps... Oui, plus de 150 000 à sauter ! 150 000 venus voir ça jusqu'à la fin, le sourire aux lèvres, battant même des mains entre amis, en famille !
À croire qu'au lieu d'ouvrir un livre, un carnet, j'avais ce soir besoin d'immondices, de médiocrité, du bruit de ces quelques pets dans ce désastre.
Voilà ce qu'ils appellent la musique sur cette chaîne de télé, musique qui fait sa promotion, qui n'est que bruit, mépris du silence...
Traitez moi de ce que vous voulez mais ces types là, ces plus de 150 000 frères humains, je les hais. 
Il n'y a pas d'autre mot.

J'écris : un 21 juin, monsieur M. eut le malheur d'allumer la télé


mardi 25 juin 2013

#72




Nous savons quelque chose communément, chacun de notre côté, quelque chose dont on ne peut parler. Ces moments d’effroi, que nous redoutons tous, ces moments où l’air étrange et dérangeant, comme si le masque était tombé, dans une ivresse de trop, monsieur M. détruit, au cœur de cet enfer qu’il peut bâtir en quelques mots, vous laissant là, mal à l’aise, honteux, ravagé, dans l’éternité de l’instant, là où l’aimer est insoutenable.

Après coup, on se dit tout bas qu’on aurait dû rester sur nos gardes, même pour lui tendre un bout de pain et ainsi ne pas réveiller la violence qui sommeillait en lui, au plus profond de son amour. Et je crois que chacune des personnes avec qui il a vécu un temps, chacun d’entre nous peut ressentir, sans un mot, dans ce drame de l’aimer, un sentiment de solidarité qui nous liait malgré nous, nous qui savions, nous les victimes, nous les coupables aussi.



J'écris : les coups de sang de monsieur M.


samedi 22 juin 2013

#71


 Êtes-vous rassasié monsieur M.?

.

J'écris : repu du moindre déchet




mercredi 19 juin 2013

#70



Une confidence.

Je trouve monsieur M. bien pervers. Il cherche à vous saisir, à vous toucher comme on le dit des trahisons, des caresses maladroites, échouant à ne serait-ce qu'effleurer l'intimité de la nuit.

Ce soir avoir l'impression de ne prendre aucun risque, d'avoir menti pour rien, écrire et avoir honte d'écrire, d'être parlé, d'être fait comme la musique, comme un rat, tourner en rond, continuer de noircir du noir, de chercher le fond de ce tunnel sans bout.

Je me méfie de monsieur M.

Tenter de moins parler. Ne plus se battre, ne plus lutter contre sa propre guerre, ne même plus s'effondrer, s'écrouler sur son lit en boule, le sanglot étouffé dans un coussin. Être une minute qui passe, oublier d'être un homme, une femme, un individu, n'être plus qu'une main sur une table, l'ombre gribouillée d'une ombre, silhouette assise devant une solitude sans visage, sans nom, sans titre, n'être plus rien que le regard et les oreilles sur quelques coups de crayons racontant l'histoire d'un sujet sans sujet.

S'écouter se taire. Ne pas penser. Préférer faire. Un acte. Un geste. Un mot. Un pas dans le présent.


J'écris : rencontre de monsieur M et d'un objet inquiétant


                                                        Objet inquiétant 1
                                                                         
Alberto Giacometti
                                                                         œuvre gravé
                                                                         Maeght éditeur





#69



(raturé)


mardi 18 juin 2013

#68



Ces mots-là sortent d'où ? De quelle bouche? Dites-moi ! Vous! Quel est le son de leur voix? 
Ainsi je vous écris des mots que vous n'entendez pas, et même si un jour, malgré leur mutisme vous les compreniez, sachez que je n'attends même pas une réponse de votre part, pas même une écoute attentive, tout au plus une oreille distraite, occupée à écouter autre chose, perturbée par le vacarme alentour...

Pourquoi m'écouteriez-vous avec attention? Peut-être que vous n'êtes pas concerné? En effet, à qui ces mots s'adressent-ils? À quelles oreilles? Je parle à qui? Qui parle? Et vous, qui êtes-vous?

J'écris : vous êtes monsieur M.


samedi 15 juin 2013

#67



La douleur est à présent insupportable, plus le temps de procrastiner, s'en remettre à trop tard, se duper.
16 heures 44 : L'heure est venue d'aller consulter.
Longues et intenses minutes dans la salle d'attente où attendre la peur au ventre le pire arriver.

Et puis c'est au tour de monsieur M.. 
Il passe le pas de la porte les yeux baissés, la mine inquiète, déjà vaincu à l'idée d'une sentence qui n'est même pas encore tombée. Puis monsieur M. écoute, ne dit pas un mot, saisi par ses résultats. 

Le diagnostic est enfin posé, nommé, d'autres rendez-vous sont prévus, son emploi du temps va être chargé, sa vie va dès aujourd'hui changer, elle n'est d'ores et déjà plus un âge à espérer, tout juste un pourcentage de chance infime sur lequel compter


                                                J'écris : ici s'ouvre le livre de monsieur M.


 

vendredi 14 juin 2013

#66



Il est certain que monsieur M. était moins méprisable auparavant. Ce n’est pas qu'il ait changé, bien au contraire. Il est resté identique à lui-même. Je lutte contre mon dédain, je tente de bon cœur de préserver le peu d'affection qu'il me reste, je bois, je fume, ne dis pas un mot et puis, une fois seul, dans l'après coup du désastre d'une soirée en sa compagnie, je suis rongé par le remords de lui avoir tu mon mépris. Je m’abstiendrai ici de lui jeter la pierre, d'en faire le bouc-émissaire de mon humeur envenimée mais c’est simplement qu’avec les années, il s'est en quelque sorte épanoui dans ce que j’ai toujours haï en lui. L’exaltation des premières rencontres prend une toute autre tournure une fois périmée. La bouche jadis pleine de connivences masturbatoires garde, avec l’habitude, un arrière-goût désagréable, celui de la semence stérile et sèche du passé, passé dont je force encore la nostalgie pour vainement tenter de le supporter aujourd'hui.



J'écris : désirer rompre avec monsieur M.


jeudi 13 juin 2013

#65


                                         à l'aube
                                         derrière les barreaux
                                         le chant du coq
                                         réveille en sursaut
                                         le sommeil de ma propre guerre




                                         5 heures 24,  il est temps de se battre


mercredi 12 juin 2013

#64


                    aujourd'hui, au petit matin, l'apatride jeta quelques mots dans le champ voisin :



Et soudainement alors le jour fut sombre à s'échouer
                                                    dans toutes ces nuits humaines

Là où le ciel s'était obscurci du grondement de mille avions B 52
                                  déversant leurs pluies et grêles de bombes

Et animaux sauvages bêtes domestiques et les enfants en pleurs

            et les femmes et les hommes se sauvaient et se terraient
La terre et ses cocotiers s'étaient illuminés en milliers de torches
         brasiers et feux devant les défoliants et napalms étouffants



Ce fut ce 12 juin hier... ici là-bas partout dans les fins de Monde
                          ce fut il y a quelques années autour du Mékong
Ce fut il y a quelques années déjà aux bords des Mondes

    au bout de ces vertes rizières humides de l'Histoire du Monde


Souvenirs apatrides
  d'un 12 juin 1964


dimanche 9 juin 2013

#63

                        Entendez-vous l'ivresse des voix hilares sous les yeux de la foule saisie par l'enjeu ?



                                     j'écris: le tremblement des billets sous chaque carte jetée



vendredi 7 juin 2013

peur échouée





 – maintenant je pars – je pars, j’ai un peu peur mais je ne peux pas dire de quoi, pas encore, et en tout cas pas à voix haute, quand tu me liras je saurais si j’avais des raisons de craindre, je pars maintenant, ces jours qui communiquent, le fil je tire, et ces destinations, éteintes ou allumées, les prendre et c’est partir aussi – je pars je ne t’ai pas rencontré, pas encore, il y a l’homme et les fenêtres, de petites barrières invisibles, je me hisse par-dessus pour mieux voir, mais ce sont elles que je regarde derrière les troncs – la femme sous son chapeau et l’autre femme si gracieuse, tellement gracieuse et l’autre, son sourire, une éclaircie là où je pars, il y aurait des éclaircies, il y a des mains, beaucoup de mains et elles ont toutes des doigts brillants, l’eau qui ruisselle  – la longue rive, rive longue ponctuée de femmes et d’hommes qui examinent l’horizon, comme des apparitions, des jouets d’enfants qui se balancent sous les rétroviseurs, et des fusées, des bassines colorées, des sacs alignés de graines brunes de safran, de terre meuble, de soleil, ce qui se donne lorsqu’on part, je pars – tant pis si la douleur persiste, douleur tais-toi – c’est dans le ciel comme des apparitions de plantes, plantes de fer, plantes solides, et si petites quand on s’éloigne, tout est si petit et si loin, je pars d’ici aussi, je pars de moi, pars de chez moi, j’arrive – j’arrive quand dans la nuit les phares se posent, il y a tant de chemins mon capitaine qu’on pourrait oublier toutes ces raisons de craindre, c’est maintenant, ou hier, ou demain, ou peu importe, une maison levée et le grand ciel troue ses fenêtres, ici – 

Christine Jeanney





Pour ma première participation aux vases communicants, je suis très heureux et fier d'accueillir Christine Jeanney (@cjeanney sur twitter) dont j'admire le travail quotidien sur son site Tentatives
Ici son texte traverse le tunnel d'une étrange peur, d'une douleur qui m'a immédiatement saisi. Je tiens également à la remercier chaleureusement pour les échanges (si agréables) autour de notre vase.

(Mon texte chez elle ici

La liste complète des participants aux échanges est établie par Brigitte Célérier. (grand merci!)

François Bon Tiers Livre et Jérôme Denis Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants: Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. 



mardi 4 juin 2013

#62



Monsieur M. a une gène, une douleur quelque-part, à un endroit particulier, intime, il ne peut dire où.
Peut-être est-il gravement malade ? 
Dans le doute, Monsieur M. préfère ne pas consulter, trop terrifié à l'idée d'apprendre une nouvelle à laquelle il ne survivrait peut-être pas.

Une seule solution: tenter tant bien que mal de métamorphoser sa douleur en fiction, la guérir par le récit de faits imaginaires et bien précis pour ainsi essayer de se soigner seul, tout seul comme un grand, sans rien demander, sans rien coûter.

Pourtant, Monsieur M  fait sûrement partie de cet infime pourcentage maudit par le sort. Un de ceux sur qui la sentence d'un rare et grave diagnostic tombe.

Monsieur M. est assez lâche pour continuer à se voiler la face, procrastiner, remettre à trop tard. Il sait au fond de lui que sa douleur n'est pas fictive, elle est bien là, tout le temps là, quoiqu'il fasse, règnant sur son corps pour mieux contaminer sa pensée inquiète, douleur silencieuse contre laquelle il n'ose poser des mots, mots contre lesquels se battre, se traiter.





J'écris  : la maladie de la fiction.



lundi 3 juin 2013

#61


Hier, près de quatre-vingt personnes ont lu la prétention de vos mots, ici, au parloir de la langue. 

Depuis des mois monsieur M., vous vous autorisez à publier blanc sur noir votre voix sans même vous soucier des conséquences, comptant sur la tolérance de près de quatre-vingt regards anonymes et inconnus.

L'heure est venue que l'un d'entre nous vous réponde, sincèrement, noir sur blanc.

Monsieur M., vous n'êtes qu'une tumeur sur des heures fictives et pourtant bien réelles. Votre douleur peut témoigner de leur véracité, elles sont en vous ces heures qui passent, quand l'air un peu idiot vous vous demandez : comment ne pas se tuer dans le suicide de chaque journée ?

Vos élans morbides sonnent bien faux, bien creux. Pas même la mort est susceptible de vous rendre plus intéressant. Sachez-le. Alors d'avance merci de nous épargner votre lettre d'adieu.

Continuez encore quelques mois de plus sur ce ton aussi grave que ridicule, vous verrez, vos près de quatre-vingt fidèles vont vite vous haïr à raison, vous conspuer avant de vous abandonner là où tout seul, sans adresse, jadis, vous écriviez.

Vous n'êtes pas digne de vos lecteurs. Vous n'avez rien à leur donner. Vous faites perdre du temps à près de quatre-vingt solitudes daignant poser les yeux sur ce que vous prétendez être du travail. 
Personne n'est dupe. Nous devinons votre paresse obscène derrière chacune de vos longues phrases, paresse s'élevant avec le temps à un prix exorbitant, si vous connaissiez le montant, vous arrêteriez de parler dès maintenant. Croyez-moi monsieur M, vous n'avez pas fini d'être vivant à crédit.

J'écris: compter sur près de quatre-vingt lecteurs pour payer ses dettes.



dimanche 2 juin 2013

#60




Monsieur M. prétend répondre, sans aucune certitude certes, mais répondre sans poser aucune question. 
Afin d'obliger l'autre à prendre position. Ici son rapport au monde de l'autre est une inévitable confrontation.
Monsieur M. ne croit pas à un monde. Il croit aux mondes.
Chacun son monde. Sa voix. Sa fiction. Son propre rapport aux arbres, aux animaux, à l'autre qui est tout sauf un semblable. Il suffit de se lire les uns les autres pour constater que nous sommes tous, structurellement, d'une nature si différente...
Monsieur M. dit que chaque individu est une espèce dans l'espèce.
Monsieur M. est peut-être trop résigné (trop lâche aussi) pour croire en une possible conciliation.
Il pense que les mondes de chacun ont un seul et unique point commun : ils portent tous une guerre en eux.
Il dit incertain que nous ne sommes que malentendus, multitude de points de vue contradictoires, de voix intérieures tentant vainement de formuler, d'une façon ou d'une autre, l'incommunicable...
Monsieur M. ne pense pas que le langage soit fait pour nous "permettre" de dire le monde.
Il dit que le langage est le monde, le monde est signifiant, il dit que n'avons pas d'autre choix que de le subir... et qu'il y a quelque-chose de tragique à cela...
Il dit que nous ne décidons de rien, qu'il n'y a aucune solution face à ce subissement. Au fond, nous ne ferions que passer dans l'existence avec notre monde, celui de chaque homme échoué dans le langage.

Et puis, il y a 58 minutes à peine, quelques mots de l'apatride déposés dans ma boite aux lettres :

...elle est...il est...nous sommes...vous êtes...ils sont...elles sont...
tous, toutes et tout...sont structurés comme un langage...personne n'en est épargné, nul n'y échappe à ce soubassement d'être ce subissement subi subitement dès que chacun tombe dans ce monde... 



J'écris : couleurs de nulle part.