samedi 30 mars 2013

#9



je pense au voyage prochain d'un inconnu...
Après coup, je lis :
"- Vous apprendrez dans cette maison qu'il est dur d'être étranger. Vous apprendrez aussi qu'il n'est pas facile de cesser de l'être. Si vous regrettez votre pays, vous trouverez ici chaque jour plus de raisons de le regretter; mais si vous parvenez à l'oublier et à aimer votre nouveau séjour, on vous renverra chez vous, où, dépaysé une fois de plus, vous recommencerez un nouvel exil."  

Maurice Blanchot, L'idylle


vendredi 29 mars 2013

#8



                                          n'être plus que ça,
                                          un trait à quelques lettres du traître
                                          n'être même pas l'écrit
                                          mais la présence de la nuit elle-même



jeudi 28 mars 2013

#7




Le téton dans la gueule enfin fermée, j’écoute attentivement les bruits de la goulue tétée, les yeux du nouveau-né encore mouillés s'écarquillant un peu plus à chaque gorgée de lait. Les pupilles se dilatent, tendent vers le haut comme pour se perdre dans le ciel. Ainsi pendu par la bouche au téton, l'air d'une extase repue au visage, à peine finit-il de téter qu'il commence déjà à somnoler, les yeux ouverts révulsés, les bras et les jambes ballants, à la fois exténué et soulagé, le corps comme vidé de sa petite existence bien encombrante...

J'écris: l'origine de monsieur M.

 

mardi 26 mars 2013

#5



ainsi
est tombé
mon regard
 dans une cage
d'escalier

ici
gît celui
qui écrit
cela

ici
repose
l'insomnie
d'une nuit
barbelée


#4


Sur la chaise en fer plantée dans les graviers, sérieux, le regard fixé comme à jamais sur les pages, je fais semblant de ne pouvoir détourner les yeux, toujours distrait par la moindre présence qui passe, qui se permet de passer à côté de moi et qui me ramène ici, à l'endroit où je suis, dans ce lieu où au milieu d’un livre, je cherche le semblant d'un air familier, un repère, un refuge, un autre, dans l'espoir malgré tout d'un peu de calme, moi qui tiens un livre et qui ne lis plus, moi qui tiens un livre et qui subis ce qu'il y a à écrire de la vie, moi qui tiens un livre et qui n'écris pas, il est temps de partir, de rentrer, de marcher sur le chemin de ma chambre en me voyant déjà m'y ennuyer, il est temps d'y aller, vers l'unique et terrible issue, le sort de toute chose, le sort de trois fois rien, parce-qu'il ne s'agit plus des choses, parce-qu'au fond il n'y a jamais rien, rien eu d'autre que ça : l'existence qui continue. 




samedi 23 mars 2013

#1

Il fait nuit sur ma parole

La chaise est vide. Dans les mains mon visage trompé, trahi. Quelle heure est-il?
L'heure de se déterrer peut-être...

Un bout du visage apparaît dans la terre. C'est la bouche. Ses lèvres énormes. Enflées. Toutes sèches. Un petit grain de beauté sous la lèvre inférieure. À moins que ce ne soit un grain de sable noir. Ou bien un point de suspension abandonné en route, au détour d'une phrase interrompue, sans raison, comme ça, pour rien.
Les paupières étaient encore closes quand soudain, elles se sont ouvertes comme des veines sur un regard vide, gravé dans les secondes, sans sujet, un regard injecté de sang dans lequel je pouvais lire le temps se tuer.

Vînt une seconde où ce regard m'est devenu étrangement familier... en effet, les yeux de ce portrait d'anonyme me regardaient fixement comme pour me révéler un secret...
Et puis l'ivresse m'a assommé. 

Le lendemain matin, sans savoir pourquoi, je me suis réveillé avec des mots dans l'estomac. 
J'avais la nausée.